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Les Chroniques de l’Histoire |
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L’Histoire pour Tous |
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A Nuremberg apparaît la notion de crime contre l’humanité
Pour la première fois de l’histoire les hauts responsables d’un Etat sont mis en accusation. Le 1er octobre 1946, douze des principaux chefs du IIIe Reich sont condamnés à mort. Dix d’entre eux sont exécutés dans la nuit du 16 au 17.
Les trois potences sont peintes en vert. Pour y accéder, il faut gravir treize marches. Sur deux des potences – la troisième n’est qu’une potence de « remplacement » - pendent les cordes que le bourreau, le master sergent John C. Woods, va passer au cou des condamnés, dont la tête aura été recouverte d’une cagoule noire, et qui seront placés sur une trappe dont l’ouverture les fera chuter à la hauteur d’un étage. Nuremberg, le 16 octobre 1946, soixante-dix minutes après minuit. Au pied des marches, quatre généraux représentant les armées victorieuses, huit journalistes, deux allemands, le Premier ministre de Bavière et le procureur général de Nuremberg, convoqués comme « témoins », des officiers et quelques soldats de garde. Quarante-cinq personnes au total. Joachim von Ribbentrop sera pendu le premier. L’ancien ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich va (difficilement) prononcer son nom (tous les condamnés avaient reçu l’ordre de s’identifier avant la pendaison) puis il dit quelques paroles, avant d’être remis au bourreau. Il est 1 h 14. Sa mort sera officiellement constatée à 1 h 32. A 1 h 20, Ribbentrop est suivi sur l’échafaud par le feldmarschall Wilhem Keitel, qui avait commandé en chef ; par Ernst Kaltenbrummer, ancien chef de la Gestapo ; par Alfred Rosenberg, l’idéologue du parti nazi, et, en tant que ministre des Territoires occupés de l’Est, le responsable d’assassinats de masse. Il est 2 heures du matin, John C. Woods qui s’est servi alternativement de l’une et de l’autre des potences – la troisième ne fut pas utilisée – passe la corde au cou de Hans Frank, ancien gouverneur de Pologne, puis de Wilhem Frick, ancien « protecteur » de Bohême-Moravie, qu’il faut soutenir pour l’ascension des treize marches. C’est maintenant au tour de Julius Streicher, éditeur du journal antisémite Der Stümer, qui, après avoir crié « Heil Hitler » - il sera le seul – lance au pied de la potence : « Joli Yom Kippour ! Et maintenant en route vers Dieu », puis après un bref silence : « Les Bolcheviques vous pendront tous. » ; au tour de Sauckel, l’organisateur des rafles de main d’œuvres et, en France, du Service du travail obligatoire (STO) ; du général Alfred Jodl ; enfin – il est 3 h 45 – de Arthur Seyss-Inquart, ancien commissaire du Reich aux Pays-Bas. Les dix pendaisons achevées, les corps sont alignés au pied de la potence, la cagoule n’a pas été retirée de leur tête mais ils ont le torse nu pour permettre aux médecins alliés de « constater » devant les journalistes la mort.
Le suicide par le cyanure de Goering
Dix cadavres ; on en apporte un onzième : celui de Goering qui a échappé, malgré la surveillance « de tous les instants » à la pendaison par le suicide. C’est le 15 octobre à 22 h 45 – trois quarts d’heure avant le réveil des condamnés à mort prévu pour 23 h 30 – que Goering avait fait craquer sous sa dent une capsule de cyanure, dont on ne saura jamais par qui, et à quel moment, elle lui a été remise. Dans la cellule de Goering on découvrira une lettre, sur papier à en-tête – « le maréchal du grand Reich allemand » - datée du 11 octobre et dans laquelle l’accusé n° 1 du procès de Nuremberg, s’adressant au Conseil de contrôle allié, écrit : « Je vous aurais laissé me fusiller sans autre forme de procès. Mais il n’est pas possible de pendre le maréchal du Reich allemand ! Je ne peux permettre une telle chose pour l’Allemagne. En outre je n’ai aucunement l’obligation morale de me soumettre à la justice de mes ennemis. Aussi ai-je choisi la manière de mourir du grand Hannibal ». Dans la journée, enfermés dans des caisses, les onze corps, chargés sur deux camions de l’US Army, furent transportés sous de fausses identités jusqu’au cimetière Est de Munich où ils furent incinérés. Leurs cendres, mais également les cendres des cordes qui avaient servi à les pendre, allaient être jetées dans l’Isar, la rivière qui traverse la capitale bavaroise… Pendant que se déroulait une opération visant à ne laisser ni ossements, ni même poussière, à la vénération des nostalgiques du nazisme, les sept anciens hauts dignitaires du IIIe Reich, qui avaient été condamnés à la prison à vie ou à de longues peines – Hess, Raeder, Doenitz, von Neurath, Speer, Funk et von Schirach – revêtus de treillis des pénitenciers de la prison, nettoyaient le gymnase de la prison dans lequel avait eu lieu les exécutions. Ainsi, le 16 octobre 1946, s’achevait à Nuremberg le plus grand procès de tous les temps. Il avait débuté le 20 novembre 1945 à 10 heures. Comment et quand l’idée de juger les criminels de guerre prit-elle naissance ? Il faut d’abord rappeler qu’en 1919 le traité de Versailles avait fait obligation aux Allemands vaincus de livrer 900 personnes – dont l’empereur Guillaume II – considérées comme coupables de crimes de guerre. Obligation qui n’avait eu aucun effet.
La solution radicale de Staline
Le souvenir de la non-observation des articles 227 à 230 du traité de Versailles, mais aussi l’ampleur des crimes commis par les nazis allaient conduire les gouvernements des pays occupés, alors réfugiés à Londres, à publier, en janvier 1942, une déclaration dans laquelle ils s’engageaient à assurer « par l’entremise de la Justice organisée le châtiment de tous les coupables. » L’intention n’est rien sans le pouvoir. Or le pouvoir d’arrêter, de faire juger et condamner appartenait aux Etats-Unis, à l’Angleterre, à la Russie qui ne se mirent d’accord qu’en août 1945, quatre mois après leur victoire, sur le principe d’un grand procès. Avant août 1945, les dirigeants des Trois Grands avaient souhaité ou évoqué une « solution politique », c’est-à-dire l’exécution sans jugement de milliers d’Allemands. Lors de la conférence de Téhéran, en novembre 1943, Staline avait déclaré qu’il suffirait d’exécuter « cinquante mille officiers et techniciens […] pour que la force militaire de l’Allemagne soit brisée à jamais. » La solution radicale, souhaitée par Staline, avait été également envisagée par Morgenthau, secrétaire au Trésors des Etats-Unis, auteur d’un plan de « désindustrialisation totale » de l’Allemagne, qui la proposa à Roosevelt et Churchill l’évoqua également, mais pour la repousser. Donc on jugerait. Il y aurait des avocats allemands pour la défense des accusés ; les principaux responsables (ceux qui n’avaient pas échappé par le suicide) mais aussi pour la défense du parti nazi, des SS, de la Gestapo, du commandement suprême de la Wehrmacht. Tâche pour laquelle il fallait, dans une Allemagne détruite, trouver d’abord un lieu, établir une procédure. Nuremberg fut chois moins pour exorciser le souvenir des manifestations hitlériennes que pour la commodité d’un palais de justice et d’une prison épargnés par les bombardements anglo-américains. Quant à la procédure, elle serait fondée sur le système judiciaire anglo-saxon – l’instruction à l’audience – ce qui déconcerterait les juristes, les journalistes, et compliquerait un procès hâtivement préparé – puisque il s’ouvrira cent-quatre jours seulement après qu’il ait été décidé.
L’ombre du pacte germano-soviétique
Les juges, ainsi que le feront remarquer les défenseurs allemands à la veille de l’ouverture du procès, « ont été exclusivement désignés par des Etats ayant formé l’une des parties belligérantes […] créateurs des statuts du tribunal et des règles de droit, procureurs et juges. » C’était exact. A Nuremberg, les vainqueurs ont jugé les vaincus. Plus tard certains regretterons que des magistrats allemands, non compromis, des magistrats de pays neutres, n’aient pas aussi fait partie du tribunal. Mais en octobre 1945 le recul souhaitable était-il possible ? Certainement pas. Les juges seront donc, au nom du Royaume-Uni, Lord Justice Lawrence, président du Tribunal, dont les observateurs loueront la compétence ; au nom des Etats-Unis Francis Biddle ; au nom de la France – admise par les alliés – le professeur Henry Donnedieu de Vabres ; enfin au nom de l’Union soviétique le major général L.T. Nikitchenko. Ecrivons, pour ne plus y revenir, que la présence des juges soviétiques, évidemment légitime puisque la Russie avait souffert d’une impitoyable occupation, posait le problème de la période de septembre 1939 à juin 1941 pendant laquelle l’Allemagne nazie et Russie bolchévique s’étaient trouvées associées pour le pire. Or chaque fois que les défenseurs allemands – et notamment ceux de Ribbentrop et de Hess – voudront parler du pacte germano-soviétique du 23 août 1939, du protocole secret annexé et de leurs conséquences – partage de la Pologne entre les deux « larrons cosignataires », occupation et annexion par la Russie des pays baltes, guerre contre la Finlande – ils recevront de Lord Lawrence l’ordre de se taire. Selon le mot de Jean-Marc Varaut : « L’impression fut d’une entente tacite entre les Anglo-Saxons et leurs alliés soviétiques pour ne pas sortir le cadavre du placard. » Nié par les Soviétiques, qui seront suivis par Américains, Britanniques et Français, le protocole secret liant Allemagne et Russie ne sera pas évoqué dans le jugement final bien que les avocats allemands aient donné des preuves de son existence. Ces preuves auraient pu et dû alerter les journalistes. Mais, quelques mois après la fin de la guerre, après la libération des camps et la découverte de tant de monstruosités, les journalistes réagissaient, eux aussi, émotionnellement. Le pacte germano-soviétique, qui permit à Hitler, libéré de la crainte d’une guerre sur deux fronts, d’attaquer la Pologne et de déclencher ainsi la Seconde Guerre mondiale, n’étant pas pris en compte, le massacre de Katyn, dont les Russes ont fini, en 1990 seulement, par se reconnaître les auteurs, ne le sera pas davantage. Imprudemment, dans leur acte d’accusation de 72 pages, les Soviétiques avaient, en deux lignes, imputé à la Wehrmacht l’assassinat, en septembre 1941, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, de « onze mille officiers polonais, prisonniers de guerre. » Les deux lignes allaient être développées longuement par le colonel Pokrovsky, chargé de requérir contre les crimes commis en Union soviétique, mais l’avocat de Goering, le Docteur Stahmer, obtiendra de faire venir à la barre trois témoins qui établirons que l’exécution avait eu lieu avant l’attaque allemande – printemps de 1940 et non septembre 1941 – dans une région située en territoire soviétique et sous contrôle absolu de l’armée Russe. A Nuremberg, il ne devait plus être parlé de Katyn. De par sa composition et sa nature le tribunal ne pouvait chercher d’ailleurs à établir un impossible équilibre entre les crimes de guerre commis par l’un ou l’autre des Alliés et les crimes de guerre des Allemands : ils étaient innombrables, ils étaient monstrueux. D’un procès au cours duquel l’accusation fournit 12630 documents et fit comparaître 33 témoins, la défense répliquant par 2700 documents et 64 témoins, d’un procès dont les débats occupent 22 volumes et 20 volumes d’annexes, on ne peut, dans un article, retenir quelques moments forts. Parmi les moments les plus dramatiques, la projection, dans l’après-midi du 29 novembre 1945, d’un film sur les camps de concentration. Dans la pénombre un projecteur éclairait tour à tour le visage de chaque accusé. Les journalistes présents s’efforçaient de découvrir les réactions devant ces champs de cadavres, Lucien Corosi qui assistait à l’audience, à écrit que Goering jetait de temps en temps un coup d’œil aux images, que von Ribbentrop avait détourné la tête tandis que Rudolf Hess avait l’air de découvrir « une vérité ignorée jusque-là » et que Frank, responsable de nombreux crimes collectifs en Pologne, pleurait. Mais le lendemain, devant G.M. Gilbert, officier de renseignement américain, psychologue officiel, qui avait la possibilité de les voir dans leur cellule, les accusés devaient, soit affirmer n’avoir rien su des atrocités des camps, soit de trouver des excuses.
Goering livide, les mains tremblantes
En vérité Goering amaigri – il était passé en captivité de 118 kg à 83 kg, ayant également, par la force des choses, subi une cure de désintoxication qui lui avait permis de retrouver sa rapidité de réaction – avait réussi, à plusieurs reprises, à embarrasser le procureur général Jackson (« Il l’a mis dans sa poche », écriront des journalistes américains) mais, le 22 mars 1946, sous les coups de Jackson, de sir David Maxwell-Fyle, procureur général adjoint britannique, et du général Rudenko, qui évoquent les persécutions antisémites, il termine l’audience le visage livide et les mains tremblantes. Contre le second de Hitler, le personnage le plus important du procès, l’accusation avait essentiellement utilisé ses déclarations de la période 1933-1944. Il en ira de même contre le maréchal Keitel. Certes l’un des nœuds du procès est bien, comme l’écrit Jean-Marc Varaut, « dans le conflit dramatique entre la tradition multiséculaire de l’obéissance passive […] et le devoir de désobéir à l’ordre évidemment criminel », conflit qui se répétera après Nuremberg, et dans presque toutes les armées en opération. Mais Keitel n’était pas un subordonné, il avait signé et approuvé les mesures de représailles les plus impitoyable en ajoutant que « dans l’Est une vie humaine valait moins que rien. » Les témoignages, le 3 janvier 1946, du Gruppenführer SS Otto Ohlendorf et de l’Hauptesturnführer Wisliceny sur ces unités mobiles de tuerie dont ils avaient eu la responsabilité, le premier en Ukraine, le second auprès de Eichmann, allaient apporter d’effroyables révélations sur la liquidation des communistes et des juifs dans les territoires occupés de la Russie. C’est Ohlendorf qui a répondu au général Nikitchenko qui lui demandait : « Dans quelle catégorie mettiez-vous les enfants ? Pour quelles raisons étaient-ils massacrés ? - L’ordre prescrivait que la population juive devait être totalement exterminée. - Y compris les enfants ! demande Nikitchenko. - Oui - Tous les enfants juifs ont-ils été massacrés ? - Oui. » C’est Wisliceny qui rapporte à la Cour le propos tenu par Eichmann en février 1945, sur le nombre de juifs exterminés : « Il disait qu’il sauterait en riant dans la tombe car l’impression d’avoir cinq millions de personnes sur la conscience serait, pour lui, la source d’une extraordinaire satisfaction. » Un autre témoin d’importance parut à Nuremberg : Rodolf Franz Ferdinand Höss. Il avait été le commandant du camp d’Auschwitz. Lorsque Himmler l’avait convoqué, au cours de l’été de 1941, le chef de la SS lui avait donné l’ordre de construire le camp dans le but de mettre en œuvre « la solution finale du problème juif » et de garder le silence sur les consignes qu’il venait de recevoir comme sur les mesures qu’il prendrait à Auschwitz. Mais à Nuremberg Höss a parlé. Lorsque l’avocat de Kaltenbrunner, l’ancien chef de la Gestapo, lui demande dans l’espoir –vain – d’atténuer la responsabilité de son client : « A l’arrivée des transports les victimes devaient-elles déposer tout ce qu’elles possédaient, se déshabiller complètement, donner leurs bijoux etc. », il répond « Oui », et « Oui » encore à la question « Elles partaient immédiatement à la mort ? » Quatre chefs d’accusation avaient été retenus par les juges : 1° Le « plan concerté d’un complot » qui s’est étendu de 1919 à 1945, complot visant à la domination du continent européen. La notion de « complot » n’étant pas définie permettait « d’imputer à chacun des conspirateurs les actes antérieurs à son adhésion (au parti nazi) […] et de rendre chacun d’eux pénalement responsable de toutes les conséquences du complot, y compris celles qu’il n’a pu ni prévoir ni vouloir ». 2° Les crimes contre la paix, de la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 à l’invasion de la Pologne en 1939. 3° Les crimes de guerre qui ont été commis « dans des proportions inconnues des guerres passées » et, pour la plupart, « sont nés de la conception nazie, de ‘la guerre totale’ appliquée à la guerre d’agression ». 4° Les crimes contre l’humanité qui à Nuremberg, forment avec les crimes de guerre, un chapitre commun. Il s’agit, alors, d’une notion juridique nouvelle provoquée par la découverte des camps d’extermination mais l’idée n’a pas encore pris la dimension qui est aujourd’hui la sienne. Après que le jugement ait été lu, le 30 septembre, en présence de tous les prisonniers, le mardi 1er octobre 1946, le banc des accusés est vide. A 14 h 50 la porte de l’ascenseur, qui permettait aux prisonniers de rejoindre leur place, s’ouvre pour laisser entrer le premier des accusés : Goering, encadré par deux gardes. Un troisième garde lui tend les écouteurs. Lord Lawrence lit alors la sentence : « Accusé Hermann Wilhem Goering, suivant le chef de l’acte d’accusation dont vous avez été reconnu coupable, le tribunal militaire international vous condamne à la peine de mort par pendaison. » Goering s’étant retirer sans manifester d’émotion apparente, lui succède Hess – dont on ne connaîtra avec certitude les motifs de son parachutage au-dessus de l’Ecosse, le 10 mai 1941, que lorsque le Foreign Office se décidera à lever l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire – est condamné, lui, à l’emprisonnement à vie. Suivent Ribbentrop, Keitel, Kaltenbrunner, Rosenberg, Frank, Frick, Screicher, également condamnés à mort. Walter Funk, ancien président de la Reichsbank, reconnu coupable des chefs d’accusation 2 3 et 4, se voit infliger la prison à perpétuité. Paraissent successivement les deux responsables de la marine de guerre allemande, Karl Dönitz qui, pendant quelques jours de mai 1945, a succédé à Hitler, et Erich Raeder.
L’intervention évoquée du Vatican
A la surprise assez générale – les débats avaient démontré que la marine de guerre allemande, dans laquelle l’arme sous-marine jouait un rôle essentiel, s’était comportée de la même manière que les marines de guerre américaine et britannique – Dönitz sera condamné à dix ans d’emprisonnement, Raeder à l’emprisonnement à vie. Il est vrai – Sir David Maxwell-Fyle l’avait rappelé – que le tribunal s’était refusé à admettre le Tu quoque. La litanie continue : vingt ans d’emprisonnement pour Baldur von Schirach, qui avait été le créateur et l’organisateur des Jeunesses hitlériennes, avant d’être nommé gauleiter de Vienne ; la mort pour Fritz Sauckel, Alfred Jodl et Seyss-Inquart, mais vingt ans d’emprisonnement pour Albert Speer, l’un des seuls à avoir exprimé le regret de s’être associé, dans ce qu’elle avait de criminelle, à l’aventure hitlérienne, et quinze années d’emprisonnement pour von Neurath, ancien ministre des Affaires étrangères. Après avoir annoncé la condamnation (par contumace) de Martin Bormann, qui avait tenu le premier rôle dans la persécution des juifs, des Slaves et des chrétiens, Lord Lawrence précisera que le juge soviétique tenait à se séparer du tribunal dans l’acquittement de trois inculpés, dont il n’a pas été encore parlé : Fritzsche, von Papen et Schacht. Si Fritzsche n’avait tenu qu’un rôle secondaire auprès de Goebbels, Franz von Papen, comme vice-chancelier du Reich, avait favorisé l’ascension de Hitler, qu’il s’était imaginé pouvoir contrôler, et Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank, ministre de l’Economie de 1934 à 1937, avait amené au dictateur le concours des banquiers et des industriels. Dans les coulisses de l’après Nuremberg, on murmurera que le Vatican était intervenu en faveur de von Papen qui s’était décrit comme un « observateur profondément catholique », les dirigeants américains en faveur de Schacht en qui ils avaient vu, en 1942, un chancelier possible si Hitler avait été renversé par quelque complot militaire… Il était 15 h 36, le 1er octobre 1946 lorsque le président Lord Lawrence annonça pour la quatre cent-seizième fois : « L’audience est levée. »
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