Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

 

 

 

 

 

 

Il subsiste un curieux malentendu sur la peinture de Pierre Auguste Renoir. Ses images aux couleurs tendres et délicates, ses scènes pleines de charme, sa touche sensuelle passent aux yeux d’une grande majorité pour la quintessence de la beauté artistique. Or, pendant plus de vingt ans, Renoir doit se battre contre la critique et contre le jury du Salon qui, selon les critères de l’époque, jugent ses tableaux inachevés, maladroits, quasi repoussants. En 1876, le critique du Figaro, Albert Wolf, écrit : « Essayez donc d’expliquer à M. Renoir que le torse d’une femme n’est pas un amas de chairs en décomposition avec des taches vertes, violacées qui dénotent l’état de complète putréfaction dans un cadavre ! » Bertall, du journal Le Soir, n’est guère plus amène : « Dans des cadres bizarres, des contournements grotesques, des fracas de couleur sans forme et sans harmonie, sans perspective et sans dessin. »

 

Figure majeure du groupe impressionniste, Renoir s’est longtemps heurté à une institution et à ses représentants qui sélectionnaient le nec plus ultra de la création artistique en prenant pour référence des codes esthétiques établis au XVIIe siècle, bien avant la révolution industrielle, l’essor des villes et l’avènement des nouveaux moyens de transport. Or les changements qui secouent la société à la fin du XIXe siècle sont si profonds et interviennent si rapidement que des poches de résistances apparaissent dans tous les domaines. Rien d’étonnant à ce que les acteurs et les structures adoubant les chefs-d’œuvre en fassent partie : l’art et la beauté sont encore considérés comme des données intemporelles et étroitement mêlées. La référence à l’antique, la primauté du dessin, le choix de sujets « nobles » ou propices à l’étude des grands thèmes de la peinture classique servent encore de mesure étalon. Mais Renoir, tout comme ses amis Monet, Sisley ou Cézanne, sans chercher à le définir ou à le théoriser, poursuivent une autre quête : peindre l’environnement familier, rompre avec les codes traditionnels, traduire un rapport direct et sensible avec un monde en pleine mutation. De même que le statut de l’artiste évolue et que la société autour de lui connaît d’énormes bouleversements, Renoir réalise une sorte de révolution silencieuse. Seul l’écrivain Zola semble avoir perçu, bien avant l’heure, ce « tremblement du futur » que représente la peinture impressionniste. Le 24 mai 1868, il signe un article dans L’Evénement illustré qui ne peut que réconforter Renoir. Il écrit : « L’art n’est qu’une production du temps. J’interroge l’avenir, et je me demande quelle est la personnalité qui va surgir, assez large, assez humaine pour comprendre notre civilisation et la rendre artistique en l’interprétant avec l’ampleur magistrale du génie. »

 

Mais, pour un signe d’encouragement, combien de déceptions ou de refus ? Souvent refoulé par le Salon, Renoir persiste : avant 1880, c’est encore le seul moyen de montrer son travail. Et, grâce au soutien sans faille du galeriste Paul Durand-Ruel, vers l’âge de cinquante ans, il connaît enfin la notoriété. Aussi, vers 1890, l’artiste s’éloigne de ses premières explorations et change sa manière de peindre. Il se tourne vers ses maîtres préférés, tels Fragonard, Boucher, Raphaël, Titien, Rubens et aussi vers la statutaire antique. Ses nus féminins deviennent alors plus imposants et plus emblématiques. Celui, qui a travers son art, a proposé une autre façon de voir et de regarder sait que la brèche qu’il a ouverte reste irréversible. Et qu’il appartient à cette poignée d’artistes qui, selon le vœu d’Emile Zola, a su «rendre artistique en l’interprétant » une civilisation en devenir.

Auguste Renoir

 

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