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Les Chroniques de l’Histoire |
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Bouvines : bataille meurtrière et décisive
Bouvines, 27 juillet 1214
C’est au jugement de Dieu qu’en appellent, en ce chaud dimanche de juillet, le roi Philippe Auguste et l’empereur Otton IV de Brunswig. La guerre ordinaire, qui chaque année recommence au printemps, n’a débouché sur aucune paix. La bataille doit montrer quel est le camp protégé par Dieu. Sur l’ancienne voie romaine de Lens à Tournai, le pont de Bouvines est le seul lieu de passage sur un plateau émergeant d’une vaste zone de marais et de forêts. Après l’avoir franchi, le roi Philippe s’est établi dans Tournai, pensant prendre à revers l’ennemi qui, à Valenciennes, attend des renforts. Mais Otton, prévenu, se retranche dans Mortagne, au milieu des marais de la Scarpe et de l’Escaut. Son oncle Jean sans Terre combat dans le même temps le fils du roi Philippe, Louis, sur ses terres d’Aquitaine. Mais le 2 juillet, à la Roche-aux-Moines, sa déroute est totale. Otton ne peut plus compter sur des forces venues du sud-ouest. Il a avec lui le duc de Brabant, son beau-père Guillaume Longue-Epée, comte de Salisbury, demi-frère de Jean sans Terre ; le fils du roi de Portugal, Ferrand, comte de Flandre ; enfin, le comte de Boulogne, Renaud de Dammartin. Avec d’autres chevaliers picards et flamands et les « Brabançons » des communes flamandes, l’armée des coalisés est supérieure en nombre et en force à l’armée franque. Celle-ci a à sa tête un homme de 50 ans, leur roi, guerrier avisé et ami du peuple. Avec lui, les hommes de son lignage : ses cousins germains, Robert, comte de Dreux et Pierre de Courtenay, comte d’Auxerre ; le duc Eudes de Bourgogne, les comtes, les hommes de son palais, l’évêque de Beauvais et dix-sept « communes » qui fournissent un effectif de cinq à six mille fantassins. Les chevaliers sont au nombre de treize cents et les sergents à cheval autant. Conseil pris, le roi Philippe juge plus sage, le matin du 27, de se replier en bon ordre sur Lille. Mais, u haut d’un tertre, on aperçoit l’armée ennemie qui s’avance, prête au combat. Nul n’aurait pensé livrer bataille un dimanche, jour du Seigneur. Sauf qu’Otton est l’ennemi du pape… Surpris d’abord par la manœuvre des Français, qui se sont arrêtés près du pont de Bouvines, l’empereur déploie son armée ; bientôt celle de Philippe lui fait front. De midi au coucher du soleil, les charges se succèdent, mais Otton a déjà fui lorsque sont poursuivis et massacrés les sept cents Brabançons, seuls résistants d’une armée coalisée en déroute. L’enthousiasme des combattants est à la mesure de celui d’une nation qui vient de se découvrir telle, unie autour de son prince. |