Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Berthollet, découvertes et revirements

 

Ses travaux sur le chlore en particulier et la chimie en général lui valent la renommée et l'estime de ses confrères. Son itinéraire politique est en revanche plus sinueux : il sert tour à  tour le duc d'Orléans, la Convention, Bonaparte puis Napoléon et s'éteint après avoir voté le retour de la royauté !

 

En 1772, Claude Berthollet a 24 ans. Il a fait ses études de médecine à  Turin, mais ce qui l'intéresse, c'est la chimie. Aussi, lorsqu'il décide de se fixer à  Paris, c'est pour devenir l'élève de Rouelle, qui possède un laboratoire de chimie. Reste qu'il doit gagner sa vie : il devient le médecin de madame de Montesson, l'une des maîtresses du duc d'Orléans, féru de sciences.

Ses augustes fonctions laissent toutefois à  Berthollet le temps de suivre des cours et de se constituer, parallèlement, une clientèle privée. Naturalisé français - il est né en Savoie, alors en royaume de Piémont-Sardaigne - et reçu à  la faculté de Paris, il mène de front pendant treize ans médecine et chimie. Grâce à  ses travaux, mais aussi à  la recommandation du duc, il est même élu à  l'Académie des sciences.

Il fréquente alors un autre membre de cette institution : Antoine Lavoisier, seulement de cinq ans son aîné. Les deux hommes ont, entre autres, le point commun d'avoir été formés par Rouelle. Lavoisier a de la fortune. Il est l'un des vingt-sept fermiers généraux de France qui avancent au Trésor public le montant des impôts et se remboursent sur les contribuables. Chargé en outre de la Régie des poudres et salpêtres, il réside à  l'Arsenal de Paris, o๠il a fait aménager un laboratoire de chimie. Berthollet participe aux expériences de Lavoisier sur l'air, l'eau, la chaleur et la respiration.

A partir de 1784, Berthollet se consacre uniquement à  la chimie : nommé directeur des Teintures aux Gobelins, il reçoit, outre la direction de la manufacture, la mission d'inventorier les procédés de teinture et de faire rapport sur les inventions chimiques de toute nature.

Premier sujet de réflexion : comment faire disparaître rapidement la couleur brune sur certaines fibres ? D'abord par l'observation. Berthollet note que cette teinte s'estompe après plusieurs mois de lessive et d'exposition à  l'air et au soleil. Il en déduit que l'oxygène de l'air, sous l'action du soleil, se combine lentement aux matières sales et les détache du linge. Reste à  reproduire chimiquement l'action de la nature.

Quinze ans plus tôt, Scheele, un chimiste suédois, en faisant réagir de l'acide chlorhydrique sur du peroxyde de manganèse, a vu se dégager un gaz verdâtre et observé qu'il décolorait les végétaux. Sans le savoir, il avait obtenu un corps simple : le chlore.

Trompé par la vapeur d'eau souvent présente autour du chlore, Berthollet croit se trouver devant un nouveau composé de l'oxygène et le nomme acide oxymuriatique. Ne pourrait-on avec ce gaz blanchir aussi bien et plus vite qu'avec l'oxygène de l'air ? Mais il semble corrosif, comment le manipuler ? Sans doute faudrait-il le dissoudre dans l'eau, mais alors comment lui conserver son pouvoir décolorant ?

Berthollet tente l'expérience et note que cette solution a effectivement le même pouvoir décolorant que le gaz. Intrigué, il montre ses éprouvettes à  Alban et Vallet, qui viennent de créer une manufacture de soude, de savon et d'acide sulfurique à  Javel, un endroit champêtre, à  une lieue de Paris, avec ses pécheurs et ses lavandières. Ils lui conseillent d'ajouter du carbonate de potassium à  l'eau chlorée pour dissiper l'odeur acre de la solution.

Berthollet renouvelle plusieurs fois son expérience et met au point une méthode de trempage alternant bains d'eau chlorée et bains bouillants de soude caustique. Son procédé permet de blanchir le lin et le chanvre quatre fois plus vite, et le coton onze fois plus rapidement que la méthode traditionnelle à  l'air et à  la lumière. Outre le gain de temps et de surface, il permet d'éliminer les problèmes saisonniers liés à  l'hiver : les tisserands peuvent désormais vendre leurs tissus sans attendre le printemps. On obtient un plus beau blanc et, en utilisant moins de lessive, on fatigue moins les étoffes.

Berthollet aide gracieusement disciples et confrères à  équiper des ateliers de blanchiment. Javel leur livre une solution d'hypochlorite de potasse assez concentrée pour réduire les coûts de transport. A destination, on la mélange à  douze volumes d'eau. Alban et Vallet sont ravis de trouver enfin un débouché au chlore, sous-produit encore inutilisé de leurs fabrications. Mais ils préfèrent lui donner le nom d'eau de Javel plutôt que celui d'acide oxymuriatique dont on affuble alors le chlore, et qui a une connotation corrosive.

Autre application, pour le moins inattendue, du chlore : la poudre à  canon. Jusqu'alors elle est obtenue à  partir d'un mélange de charbon, de soufre de Sicile et de salpêtre d'Inde. Mais à  cause de ces fâcheux Anglais qui disposent de la maîtrise des mers, on manque de salpêtre, donc de poudre. Lavoisier croit avoir la solution. Il a constaté que le tuffeau, cette pierre tendre de Touraine, donne au contact de l'air du nitrate de calcium. Berthollet croit pouvoir obtenir, à  partir des salines de Lorraine, du chlorate de potassium, encore plus explosif.

Après quelques essais en laboratoire, Lavoisier accepte d'expérimenter en vraie grandeur la poudre au sel de Berthollet. Mais une imprudence entraîne une explosion qui fait deux morts. Conclusion immédiate : le chlorate est bien une matière... explosive. Berthollet retourne sagement aux Gobelins terminer les deux volumes de ses Eléments de l'art de la teinture .

En 1793, la République est en danger. La Convention mobilise soldats et... savants. Le Comité de salut public reçoit les pleins pouvoirs " pour diriger une fabrication extraordinaire d'armes de toutes sortes " et désigne une commission de " quatre citoyens instruits en chimie et mécanique, chargés spécialement de rechercher et d'éprouver les nouveaux moyens de défense ". Berthollet est du nombre. Tout en expérimentant des boulets creux, le savant est requis pour donner aux patriotes une formation accélérée. En quelques jours, mettant en pratique ce qu'il a appris au Creusot sept ans plus tôt, il rédige avec deux collègues un manuel clair et illustré sur la fabrication des canons, diffusé aussitôt à  15 000 exemplaires.

Mais ce dont a surtout besoin la jeune République, c'est de poudre. Les Anglais bloquent le soufre de Sicile, la potasse d'Espagne, le salpêtre d'Inde, le fer suédois, le cuivre de Russie. Après le malheureux essai du sel de Berthollet-Lavoisier, mieux vaut s'en tenir à  la poudre au salpêtre et chercher un succédané. Dans le grand amphithéâtre du Muséum, Berthollet montre à  800 jeunes canonniers de la garde nationale venus de la France entière comment récolter le salpêtre en lessivant les murs des caves et des écuries, en soulevant les pavés, en grattant tout ce qui a allure de poussière blanche ou goût de sel ; comment le mélanger avec du soufre et du charbon de bois et le pulvériser en le roulant dans des tonneaux avec des billes de bronze ; un compteur fixé sur l'axe du tonneau déclenche une sonnerie lorsqu'on a atteint le nombre de tours suffisant.

Les élèves retournent dans leur district répandre leur nouveau savoir et improviser 6 000 poudreries. Partout, des patriotes roulent des tonneaux pour fabriquer le sel vengeur.

En 1794, un sans-culotte, étonné de l'aspect trouble d'une barrique d'eau de vie destinée à  l'armée du Nord, dénonce le fournisseur qui a certainement voulu empoisonner les soldats. On voit partout des complots, personne ne pense que les conducteurs ont pu boire en route une partie de l'alcool et la remplacer par une eau un peu vaseuse. Des flacons sont prélevés, scellés et envoyés au Comité de salut public, qui charge Berthollet de les expertiser.

Son rapport conclut qu'elle contient juste quelques particules d'ardoise faciles à  enlever par filtration. Cette indulgence suffit à  le rendre suspect à  son tour, on le traduit devant Robespierre. " Comment oses-tu soutenir que cette eau de vie si trouble ne contient pas de poison ? " demande le tribun. Berthollet, impassible, en remplit un verre et l'avale. " Tu es bien courageux ", commente l'Incorruptible. " Tu as raison, citoyen, il m'a fallu du courage pour signer mon rapport ", lui répond le savant sans se démonter.

Pourtant ce courage va lui manquer lorsqu'il s'agira de sauver Lavoisier, condamné à  l'échafaud et exécuté le même jour - le 8 mai 1794 - comme tous les fermiers généraux. Craignant de se compromettre, Berthollet semble n'avoir rien fait pour aider son ami et son maître. Il accepte même de procéder à  l'inventaire du mobilier du condamné et à  la mise sous séquestre de son laboratoire, sous les yeux de Mme Lavoisier. Qu'aurait-il pu faire ? Il ne prenait aucune part aux délibérations du Comité de salut public et se bornait à  travailler sous ses ordres. Peut-être aurait-il pu tenter de le sauver en réclamant sa réquisition au Service des poudres ?

Berthollet est en effet chargé de surveiller les poudreries de la région parisienne. Au réfectoire des ci-devant abbés de Saint-Germain-des-Prés, converti en raffinerie, on sèche le salpétre dans des chaudières de cuivre, jusqu'au jour o๠un conventionnel les fait multiplier et tenir constamment au rouge, provoquant ainsi un violent incendie qui fait sauter quinze tonnes de poudre. Douze jours plus tard, une autre explosion réveille tout Paris : c'est Grenelle qui saute. On a installé une poudrerie près de l'actuelle place Dupleix, en espaçant convenablement les bâtiments. Mais, pressé par le besoin, le Comité de salut public a fait doubler la production et construire de nouveaux bâtiments rapprochés. Berthollet a eu beau protester, on ne l'a pas écouté. Bilan : 1 000 morts.

A l'automne 1794, la Convention réorganise l'instruction publique. Berthollet est chargé, avec Monge, Chaptal et Guyton de Morveau, d'imaginer une nouvelle école d'ingénieurs, civils et militaires, leur donnant une formation scientifique de base avant de les envoyer en école d'application. Le 10 décembre 1794, l'Ecole centrale des travaux publics - qui prendra l'année suivante le nom d'Ecole polytechnique - ouvre ses portes (voir Historia n° 658).

Du chlore pour les tissus, du chlore pour les poudres, décidément c'est le produit miracle de l'époque... Mais de là  à  retrouver Berthollet à  la direction de la Monnaie ! Le Comité des assignats a besoin des lumières du savant. Il circule en effet de nombreuses contrefaçons, et on espère qu'un papier blanchi au chlore sera difficile à  imiter. En 1795, la Convention remplace à  la fois les assignats et l'ancienne livre tournois et crée une nouvelle monnaie, le franc. Berthollet organise la frappe des pièces de cinq décimes en métal provenant de la fonte des cloches et celle des pièces de cinq francs en argent.

A cette époque de l'histoire, la patrie n'est plus véritablement en danger. Mieux, un certain général Bonaparte remporte en Italie victoire sur victoire. La Convention a cédé la place, le 28 octobre 1795, au Directoire qui, voulant profiter de ses conquêtes, n'hésite pas à  piller églises et palais italiens. Encore faut-il piller avec discernement. Berthollet, qui parle italien et a fait preuve d'intégrité à  la tête la Monnaie, est l'homme de la situation. Il se retrouve en Italie avec Monge. Tous deux se présentent à  Bonaparte. Le héros du jour vient de signer un armistice avec les Autrichiens, mais dans ses moments de liberté, il se fait donner par Monge et Berthollet des leçons de géométrie et de chimie. Il discute librement avec eux en se promenant. Ainsi débute une grande estime mutuelle et une longue amitié.

Partout, Berthollet et Monge visitent les églises, les couvents, les palais et les bibliothèques, choisissent et confisquent tableaux, statues et manuscrits pour les envoyer à  Paris. Choisir est aisé, emballer demande plus de soin. Beaucoup de peintures ont leur toile rongée et brà»lée par le temps, et cependant il faut les enrouler sur de longs rouleaux de bois sans faire de plis, sans soulever d'écailles, puis placer des nattes de jonc sous les caisses pour amortir les cahots de la route, car la flotte anglaise bloque les ports.

La paix faite avec l'Autriche, reste la menace anglaise. Le ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, pense que l'occupation de l'Egypte amènerait l'Angleterre à  composer. Dans le plus grand secret, il expose son dessein au Directoire et séparément à  Bonaparte, qui a une idée de génie : emmener des savants pour étudier le pays et sa civilisation ainsi que des ingénieurs pour exploiter ses ressources. Berthollet, tenu seul avec Monge dans la confidence, est chargé de les recruter, sans toutefois leur dévoiler la destination. Berthollet inspire si bien confiance à  la jeunesse savante du pays que, tout en gardant le secret du projet, il réussit en trois mois à  enrôler 154 mathématiciens, chimistes, médecins, naturalistes, dessinateurs, orientalistes, musiciens, ingénieurs, dont 39 élèves de Polytechnique.

Bonaparte parvient à  tromper la vigilance de la marine anglaise et débarque en Egypte. Ephémère victoire : le 1er août 1798, Nelson surprend la flotte ancrée à  Aboukir et fait sauter tous nos vaisseaux. Le corps expéditionnaire est coupé de la mère patrie. Comment nourrir l'armée sur place, produire les munitions et l'équipement ?

Bonaparte charge Berthollet de filtrer l'eau du Nil pour la rendre potable, de rechercher des colorants de remplacement pour la teinture, d'établir un hôpital et de fabriquer sur place de la poudre à  canon. Berthollet continue néanmoins ses leçons de chimie à  Bonaparte, élève difficile, sans cesse porté à  douter, à  soulever des objections. Un élève qui, sur le modèle de l'Institut, crée un Institut d'Egypte, dont Berthollet sera un moment le président.

Une découverte va orienter toute la réflexion de Berthollet. Au lac de Natroun, à  l'ouest du delta, en plein désert, depuis un temps immémorial, on récolte un carbonate de soude naturel pour la momification, la savonnerie, la verrerie... Sans entrer dans les détails, disons que Berthollet met en évidence que le climat et la botanique, en un mot la nature, interfèrent sur la chimie.

Lorsque Bonaparte sent qu'il doit rentrer en France et se poser en sauveur, il n'hésite pas à  abandonner tous ceux qu'il a entraînés en Egypte mais ramène avec lui ses deux amis, Monge et Berthollet.

Trois mois plus tard, le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), Bonaparte prend le pouvoir. Depuis l'expédition d'Egypte, il se sent proche des savants et choisit bon nombre de sénateurs parmi eux. Berthollet n'est pas oublié. Il quitte Aulnay, o๠il vivait depuis 1789, pour Arcueil, un cadre tranquille o๠il achète une grande maison avec un beau jardin o๠le Premier consul Bonaparte vient parfois lui rendre visite, et aménage une bibliothèque et un laboratoire. Dans cette thébaïde, Berthollet reçoit Volta, Henschel, Blagden, Watt, Oersted, des savants venus de toute l'Europe.

Le souvenir éblouissant des années passées jadis avec Lavoisier persuade Berthollet de l'interdépendance des diverses disciplines scientifiques, chacune ayant à  apprendre des autres. Avec son ami Laplace, dont le jardin communique avec le sien, Berthollet réunit quelques jeunes savants à  Arcueil. Dès les premiers beaux jours, les jeunes chimistes Gay-Lussac et Thénard, le physicien Biot, l'explorateur Humboldt, le botaniste Candolle et le minéralogiste Collet Descotils vont ensemble à  pied à  Arcueil, chez Laplace et Berthollet. Chacun expose son travail de la semaine et accepte la critique des autres. Berthollet et Laplace soumettent leurs propres travaux à  la discussion, marque d'humilité. Après la discussion, Berthollet propose aux jeunes de nouveaux thèmes de recherche. Ainsi se constitue la Société d'Arcueil, qui accueillera plus tard Chaptal et cinq jeunes scientifiques prometteurs, Arago, Bérard, Dulong, Malus et Poisson.

Fidèle parmi les fidèles, Napoléon fait grand cas des avis de son ami. Si, sur telle ou telle question scientifique, un expert lui répond de façon peu convaincante, il hausse les épaules en disant : " Je demanderai à  Berthollet. " En 1804, une fois devenu empereur, il lui donne, comme à  ses frères Joseph et Lucien, une sénatorerie, celle de Montpellier. Un siège de sénateur c'est bien, une sénatorerie c'est mieux. On gagne deux fois plus et on est traité sur place avec le faste d'un gouverneur de province sous l'Ancien Régime.

Mais, vingt ans après avoir renié Lavoisier, Berthollet renie Napoléon. Nous sommes en 1814. L'Empereur n'a pu empêcher l'invasion de la France. Les Alliés sont dans Paris. Pour éviter le démembrement du pays par les occupants et restaurer une autorité nationale, Talleyrand tente une démarche auprès du tsar. Il lui recommande d'offrir au comte de Provence, le futur Louis XVIII, le trône de Napoléon.

" Comment savoir si la France souhaite le retour des Bourbons ?

- Par une délibération, Sire, que je me charge de faire prendre au Sénat, et dont Votre Majesté verra immédiatement l'effet.

- En êtes-vous sûr ?

- J'en réponds, Sire. "

En 1814, le Sénat reste la seule assemblée parlementaire, Napoléon ayant dissous le Tribunat et ajourné sine die le Corps législatif. Les sénateurs ne sont pas des élus, mais des notables qui doivent tout à  l'Empereur, rémunération et honneurs. Renieront-ils leur bienfaiteur ? Talleyrand, bon connaisseur de la nature humaine et sénateur lui-même, sait ses collègues attachés à  leur place et à  leurs prébendes. Il les convoque en session spéciale, les rameute en porte à  porte. Soixante-quatre d'entre eux, dont Berthollet, se présentent au Luxembourg.

Sans savoir ce qui a été préparé, Berthollet vote, le 3 avril 1814, la déchéance de l'Empereur, comme tous ses collègues présents ce jour-là. En apprenant le nom des signataires, Napoléon s'arrête : " Et Berthollet aussi ! " dit-il d'un ton douloureux.

Berthollet vivra jusqu'en 1822. Il ne quitte son village d'Arcueil que pour se rendre à  l'Académie des sciences ou à  la Chambre des pairs, où Louis XVIII l'a nommé. Il se lève alors de bonne heure pour y aller à  pied, ayant gardé de son enfance en Savoie le goût du grand air. Il passe ainsi en patriarche les sept dernières années de sa vie, entouré de ses amis, de ses livres et de ses alambics, toujours à  l'écoute des jeunes scientifiques, prêt à  les encourager, à  les aider. Il continue de recevoir les plus grands savants d'Europe ; après le dîner, on fait la lecture au coin du feu, entre amis, ou bien on évoque les souvenirs d'Egypte.

Par une bizarrerie de l'histoire, Berthollet, médecin et témoin de la peste de Jaffa, n'a pas compris que l'eau chlorée peut stériliser et éviter la propagation des épidémies. Les hôpitaux tuaient alors plus qu'ils ne guérissaient. On réutilisait successivement sur plusieurs malades la même charpie faite de vieux draps qui avaient traîné partout. Jamais les mains des chirurgiens, les éponges, les instruments chirurgicaux n'étaient nettoyés. L'infection répandait une odeur fétide. Prenant l'effet pour la cause, on ouvrait les fenêtres pour chasser les miasmes qui tuent, les gaz infectieux. Pour désinfecter le linge, la pourriture d'hôpital, c'est Percy qui eut le premier l'idée d'utiliser un hypochlorite, que Labarraque remplaça vers 1820 par des cristaux de sodium.