En 1940 déjà, les deux droites
Les patriotes choisirent la Résistance. Une majorité de suivistes resta fidèle à Vichy et fut balayée à la Libération.
Déjà, en 1940, la droite française, confrontée au problème de son rapport avec l'extrême droite antirépublicaine, s'est scindée en deux. Alors qu'une petite minorité de ses représentants choisissait la Résistance (ainsi le député de Neuilly de Kérilis, Georges Mandel, le démocrate-chrétien Georges Bidault, le royaliste patriote Honoré d'Estienne d'Orves et surtout, bien sûr, le général de Gaulle ainsi que la petite phalange qui le suivit) et que d'autres refusaient la compromission (ainsi Paul Rey-naud ou André Tardieu), la plupart se rallièrent au régime antidémocratique du maréchal Pétain et, dans un premier temps au moins, cautionnèrent passivement sa politique de collaboration. Antoine Pinay, par exemple, fut membre jusqu'au bout des instances de Vichy.
Il y eut certes, également, de nombreuses défections collaborationnistes chez les socialistes et les radicaux. Mais alors que 80 députés de centre gauche ou de gauche refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain, il n'y eut aucune dissidence au sein des conservateurs libéraux qui, tous, donnèrent leur aval à l'escamotage de la République. Il est vrai que les rares qui, parmi eux, avaient choisi le chemin de l'honneur avaient déjà préféré se mettre à l'abri sous d'autres climats.
Ce n'est en réalité qu'à partir de 1943 qu'une fraction non négligeable de la droite libérale et conservatrice (Mitterrand en était à l'époque) bascula dans la Résistance au nom du patriotisme (ou d'un réalisme bien compris), alors qu'une autre tendance, restée importante, demeura fidèle à Vichy jusqu'au bout, au nom de la primauté du combat anticommuniste.
Résultat: à la Libération, pratiquement tous les ténors et responsables conservateurs d'avant-guerre ayant été balayés par la tourmente, la droite classique, devenue très minoritaire, dut renouveler complètement ses cadres et, en attendant de se refaire une santé, se ranger sous la houlette du général de Gaulle.