Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

 

Les « Royaumes combattants »

Chine, fin du IVe siècle av. J.-C.

C’est la pleine période des Royaumes combattants. Dès le VIIIe siècle, le pouvoir de Zhou (Tcheou) n’est plus que nominal. A compter du Ve siècle, les chefs locaux, s’engagent dans une lutte indécise. Le pays de Jin (Tsin), qui englobe les territoires septentrionaux, est convoité par les Qi du Shandong, par le Chu, royaume dominant au sud, et par les Qin (Ts’in) à l’ouest. En 341, il perd définitivement son unité. Au sud, le Chu absorbe les royaumes secondaires ; mais, menacé à l’ouest par les Qin, il demande l’aide des Qi. Divisée en trois zones d’influence, la Chine ne connaîtra une paix relative qu’au début du IIIe siècle.

Vitalité artistique du « pays de Chu »

Chine, IIIe siècle av. J.-C.

On désigne sous le nom de Chuzi (Elégies du pays de Chu) une anthologie de poèmes qui compte parmi les œuvres les plus prisées de la littérature chinoise. Témoin de la vitalité artistique de la principauté de Chu, dans le sud de la Chine, ce recueil contient notamment les œuvres de Qu Yuan, le plus célèbre poète de son temps, ainsi que diverses pièces de Song Yu. Ministre du royaume Chu, Qu Yuan fut renvoyé de son poste sur une calomnie et condamné à l’exil. Avant de se suicider, il chanta sa douleur et son humiliation dans une œuvre demeurée fameuse, le Lisao (Douleur de l’éloignement), qui mêle effusions lyriques et descriptions symboliques de la nature.

Shi Huangdi, le « premier empereur »

Chine, 247 av. J.-C.

Dès son installation sur le trône des Qin (Ch’in), en 247, le prince Zheng entreprend de soumettre les autres royaumes chinois, usant de la corruption et de l’espionnage autant que de la force. Il est vrai aussi que le royaume de Qin, à l’ouest de la Chine, bénéficiait de nombreux atouts pour réussir ces conquêtes : territoire facile à défendre, économie fleurissante, traditions martiales vivantes et, surtout, organisation politique et sociale appliquant, pour la première fois, les principes des philosophes ligistes. A partir de 230, les victoires se succèdent : le Han, le Zhao, le Wei, le Chu et enfin le Qi se soumettent. En 221, l’unité est faite. Zheng prend le titre de Shi Huangdi (« premier empereur ») et inaugure un règne qui sera capital dans l’histoire de la Chine.

Vers l’unification du domaine chinois

Chine, 213 av. J.-C.

Le prince Zheng qui avait mené en 221 les armées de l’Etat de Qin à la victoire, se proclame premier empereur : Shi Huangdi. Lui et son ministre Li Si entreprennent d’appliquer à l’immense domaine chinois le système en usage chez le Qin. Le pays est divisé en 36 commanderies. Pour éviter les risques de révoltes, les murailles des villes sont abattues, et les armes confisquées. Un réseau de routes rayonne autour de la capitale. Les monnaies et les unités de mesure sont unifiées. Les familles puissantes sont surveillées ; les emplois importants sont confiés à des parvenus, issus de l’armée, plutôt qu’à l’aristocratie. La résistance des confucéens provoque l’autodafé de 213, où quantité de textes classiques disparaissent dans les flammes. La politique extérieure de Shi Huangdi ne manque pas d’ambition : au nord-ouest, on cherche à stopper les Barbares nomades, au sud, on entreprend la conquête du Zhang Jiang, jusqu’à l’actuel Viêt-nam. L’empire s’effondrera dans les intrigues de palais, peu après la mort de son fondateur. Mais les Han sauront tirer parti des innovations de la brève dynastie Qin.

Liu Bang fonde la dynastie Han

Chine, 206 av. J.-C.

La dynastie impériale des Han est fondée par le général Liu Bang. Dès le règne du premier empereur (221 – 210), la rigueur extrême de l’organisation sociale et du système pénal a rendu la tyrannie du pouvoir insupportable au petit peuple. La noblesse, privée de ses anciens droits, et les lettrés confucéens ne tardent pas à rejoindre les rangs des mécontents. A la mort de Shi Huangdi, les intrigues de cour amènent au pouvoir son jeune fils, le faible Er Huangdi. En 209, une rébellion éclate dans le pays de Chu, et la guerre civile gagne toute la Chine. Deux figures se dégagent rapidement : Xiang Yu et Liu Bang. Xiang Yu écrase en 207, la dernière armée de Qin, tandis que Liu Bang, son général, s’empare de la capitale, Xian Yanf. Comme les autres généraux de Xiang Yu, Liu Bang reçoit des terres en récompense de ses services : le royaume de Han lui est attribué. Estimant mérité plus, il se retourne contre Xiang Yu, et c’est alors une lutte sans merci. Xiang Yu se suicide ; Liu Bang se proclame empereur et donne à la dynastie le nom de Han. La défaite de Xiang Yu marque aussi la fin de l’ordre ancien. Liu Bang, d’origine modeste, esprit réaliste, s’assure la collaboration d’hommes nouveaux et s’appuie sur le système des Qin. Fin politique, il saura éviter de pratiquer un absolutisme trop tyrannique.

La restauration des Han en Chine

Chine, 25

Liu Xiuj, descendant légitime des Han, triomphe des rebelles et des autres prétendants. Dès 29 av. J.-C., le clan des impératrices Wang avait commencé à accroître son pouvoir. Après le règne de l’empereur Ai Di, la puissance des Wang redevient prépondérante avec Wang Mang. Fort de l’appui des confucéens, Wang est nommé empereur en 6. En 9, il fonde la dynastie des Xin. Mais son règne est marqué par un grand nombre de rebellions contre sa tyrannie. En l’an 18, les « Sourcils rouges », des paysans de Shandong, se soulèvent, bientôt rejoints par les paysans d’autres provinces et les partisans de l’ancienne dynastie. Wang Mang ne peut réagir, et la guerre tourne à l’avantage de Liu Xiu, dont les troupes prennent Chang’an en 23. Wang Mang est tué dans les combats. En l’an 25, Liu triomphe définitivement, fonde la dynastie des Han postérieurs, avec Luo Yang pour capitale, et prend le nom de règne de Guangwu Di.

Les Han étendent leur domination

Asie centrale, 94

Le général Ban Chao pénètre en Transoxiane. Après son accession au trône, en 25, l’empereur Guangwu Di a eu pour premier souci de rétablir la paix intérieur ; il a été épaulé par des généraux valeureux, dont Ban Chao est le plus brillant.

Celui-ci sait allier génie militaire et science diplomatique pour rendre à la Chine le contrôle des oasis du Tarim. En 74, il atteint Kachgar. En 91, devenu gouverneur général des Han en Asie centrale, il s’installe à Kucha. Il pénètre en Transoxiane et, encouragé par la faiblesse momentanée des Parthes, tente d’envoyer vers le Da Qin (l’Empire romain) un ambassadeur qui s’arrêtera à la Méditerranée.

La révolte des « Turbans jaunes » secoue durement la Chine

Chine, 184

Dans le Shandong (Shan-tung), 300 000 hommes dont le port du turban jaune est le signe de ralliement prennent les armes contre les Han. Depuis le début du IIe siècle, le pouvoir impérial a commencé à se désagréger, sapé par la puissance croissante des eunuques et de la famille des impératrices. Les lettrés s’organisent, avec l’appui tacite d’une population exaspérée par les exactions. La situation économique et sociale est désastreuse, particulièrement dans les campagnes. Des sociétés paysannes, de caractère messianique, voient le jour. A partir de 170, l’agitation se fait de plus en plus violente. La secte des « Turbans jaunes », fondée par Zhang Jue et basée sur un texte fondamental du taoïsme promettant « un royaume nouveau d’harmonie, de justice et de paix », et bien implantée dans l’est de la Chine. Les envoyés de Zhang Jue dans la capitale sont massacrés sur ordre d’un pouvoir impérial troublé par l’irruption de cette nouvelle force. C’est le signal de la révolte. Bon chef religieux, Zhang Jue est piètre militaire. Les généraux qui doivent mater les rebelles pressentent la fin des Han, et la tentation de se tailler un royaume est forte. Zhang Jue est tué dans les combats. La région de Nanyang, où se sont réfugiés les rebelles survivants, est pacifiée par Sun Jian. Cette sanglante répression sonne, aussi, le glas de la dynastie des Han.

 

L’effondrement de la dynastie Han

Chine, 220

Trois généraux contraignent le dernier empereur de la dynastie Han à abdiquer. Son pouvoir était miné depuis un siècle déjà par l’incapacité des souverains à régler les problèmes financiers de l’empire, les guerres entre les gouverneurs des provinces et les intrigues de cour. L’instabilité du pouvoir provoque plusieurs révoltes : à l’est, la révolte paysanne des Turbans jaunes, en 184, menée par les taoïstes et, dans le Sichuan, la révolte des Cinq Boisseaux de riz, une société secrète ainsi nommée à cause du tribut exigé pour y être admis. Les révoltes ayant été écrasées, trois chefs d’armée se disputent le pouvoir : aucun d’entre eux n’étant parvenu à s’imposer, l’empire de Chine se trouve divisé en trois Etats rivaux.

Lo-Yang pillée par les barbares Xiongnu

Chine, 311

Les Xiongnu, puissance redoutable depuis le IIIe siècle av. J.-C., sont des nomades d’origine turcomongole. C’est pour se protéger d’eux qu Qin Shi Huangdi avait fait construire la Grande Muraille. Sous la dynastie Han, Xiongnu et Chinois s’étaient partagé le contrôle de la route de la soie. Finalement soumis, les Xiangnu s’étaient installés au nord de la Grande Muraille. Mais profitant du chaos politique, Liu Cong s’empare de Lo-Yang, la capitale. C’est le début, dans le Nord, de la période dite des Seize Royaumes.

Fa Xian, un moine bouddhiste en Inde

Chine, 399

Le bouddhisme fait son entrée en Chine dès le Ier siècle. Au fur et à mesure que les conversions augmentent, des pèlerins partent le long de la route de la soie à la recherche des sources originelles du bouddhisme. Insatisfaits des premières traductions de textes bouddhiques, les convertis s’y rendent pour étudier la vraie doctrine. L’attrait des lieux saints ne joue qu’un rôle secondaire dans ce vaste mouvement. Le moine Fa Xian, âgé de plus de 60 ans, quitte Chang’An en 399. Il part à pied sur la route de la soie pendant six ans. En marge des descriptions minutieuses de la vie monacale, des temples et des rituels, Fa Xian écrit sur les us et coutumes des pays qu’il traverse. Il revient par mer vers 414 et s’installe à Nankin pour rédiger son Mémoire sur les royaumes bouddhiques.

 

Les routes de la soie : des siècles d'aventure

 

Depuis l'époque des Han, deux siècles avant notre ère, des voies terrestres et maritimes sont ouvertes aux marchands qui rapportent la précieuse denrée des contrées lointaines.

Il existe en fait plusieurs routes terrestres qui contournent, au nord ou au sud, le terrible désert de Taklamakan et franchissent les cols du Pamir à  6 000 m. La plus connue part de Pékin ou de Chang An, franchit le défilé de Hexi et la Porte de Jade au Gansu, et de ville-oasis en ville-oasis atteint Kashgar, plaque tournante des échanges commerciaux, avant d'affronter le Pamir. Les usagers de la route circulent en caravanes de 100 à  500 personnes avec leurs chameaux et leurs yaks chargés de 140 kg de marchandises. Ils couvrent des étapes d'une vingtaine de kilomètres en dix ou douze heures de marche. Le voyage de Chang An à  Antioche (10 000 km environ) dure une année entière.

 

Tai Wudi séduit par le taoïsme

 

Chine, 448-452

 

Sous la dynastie des Wei du Nord, le bouddhisme est devenu religion d’Etat. L’empereur Tai Wudi (424 – 452), sous l’influence de son ministre Cui Hao et d’un personnage influent de la cour, Kou Qianzhi, se convertit au taoïsme. De 424 à 448, les faveurs de la cour reviennent à la jeune Eglise taoïste patronnée par Kou Qianzhi. Le bouddhisme est proscrit, les couvents sont incendiés et les moines rendus à la vie séculière. Les taoïstes recherchent des procédés capables de prolonger la vie, de nourrir le principe vital et de sublimer le corps. Le Baopuzi, recueil écrit vers 317 par Ge Hong, décrit ces techniques. Ge Hong s’était beaucoup intéressé à la pharmacopée, l’alchimie et la médecine. Mais les expériences menées pour obtenir l’immortalité et découvrir le paradis des immortels sont très onéreuses, et seuls des princes puissants et ambitieux peuvent y consacrer leur fortune et, parfois même, leur vie. A la fin de la sienne, convaincu d’avoir fait fausse route, Tai Wudi se reconvertit au bouddhisme.

 

L’Empire chinois est enfin réunifié sous la dynastie des Sui

 

Chine, 589

 

L’empereur Wen-di, fondateur de la dynastie des Sui, s’installe à Chang An. Après plus de trois siècles d’anarchie, l’unité de la Chine est à nouveau réalisée. A la chute des Han, vers 220, avait commencé pour la Chine du Nord, le temps des invasions. Le territoire est alors partagé entre trois royaumes. Après une brève unification de cet ensemble en 280, sous le règne des Jin, le pays est à nouveau divisé : au nord les Barbares rivaux ont établi seize royaumes parallèles. Puis en 386, une branche des Xian Bei réalise l’unité de la Chine septentrionale en fondant la dynastie des Wei du Nord. Mais, dès cette époque, par suite de brassages de population, la différence ethnique entre Barbares et Chinois s’amenuise considérablement. Au sud, dans le bassin du Yangzi-Jiang, quatre dynasties purement chinoises se succèdent, auxquelles on a coutume d’ajouter les dynasties Wu et Dong Jin, qui ont Nankin pour capitale. L’afflux de population apporte à ces régions une nouvelle prospérité. En 523, la révolte dite des Six Garnisons provoque la scission de la dynastie des Wei du Nord, et les deux royaumes qui résultent de cette division sont usurpés par les Bei Qi et les Bei Zhou. Et c’est un allié de la famille impériale des Bei Zhou, Yang Jian, qui dépose le dernier souverain de la dynastie en 581. Il fonde aussitôt la dynastie des Sui, mais ce n’est qu’en 589 qu’il prend Nankin et détruit la dernière des six dynasties du Sud.