Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Nîmes, la belle et auguste romaine

 

Au VIe siècle avant notre ère, les Volques arécomiques trouvent le site assez accueillant pour se fixer là. Moins de trois cents ans plus tard, les Romains vont s’inviter. Et doter la cité de Nemausus de quelques-uns de leurs chefs-d’œuvre architecturaux.

Le Gard. Dans toute sa splendeur. Adossée aux Cévennes, Nîmes fleure bon la lavande, la sarriette, les olives et le miel. Le soleil, si généreux, darde ses rais d’or sur les allées et les patios de la cité au mépris des saisons. La garrigue résonne du chant des cigales. Clichés ? Bien sûr. Mais pas tant que ça. Nîmes la Romaine, ou l’Antique, possède tous les charmes du Midi. Pastis frais et vin gouleyant des Costières compris. Sans oublier les interminables parties de pétanque au Bosquet, le saint des saints de la boule situé à l’entrée du jardin de la Fontaine. Avec son accent circonflexe et sa forte identité romaine, la cité marque, d’emblée, sa différence avec ses proches voisines. Dans ses rues s’égrènent de nombreux vestiges antiques : les Arènes, la Maison Carrée, le Castellum aquae, la porte d’Auguste. Rome a laissé une empreinte indélébile. Deux millénaires n’ont pas réussi à effacer les traces de la pax romana.

A moins que, prise d’une terrible fureur, Dame nature déclenche une inondation bien plus dantesque que celle du 3 octobre 1988. Nostradamus n’avait-il pas prédit un déluge nîmois dans le dixième livre de ses Centuries ? Citons : « Gardon, Nyme, eaux si hautement déborderont/Qu’on croira Deucalion renaître/ Dans le colosse [la tour Magne ?] la plupart fuiront. » Les Nîmois regardent toujours avec un brin d’appréhension le ciel les jours d’orages. Même la statue de l’empereur Antonin (petit-fils d’un Nîmois !), plantée au croisement des boulevards Alphonse-Daudet et Gambetta, fait un salut romain équivoque. On dit ici, qu’avec son bras levé, le princeps « espincho se plou »… Il surveille s’il pleut ! A l’instar de ses conditions climatique fortement contrastées, Nîmes est paradoxale. Tantôt ouverte, accueillante, voire impudique pendant les férias enfiévrées. Tantôt fermée, discrète, pudibonde. Elle cache ses plus beaux joyaux sous un océan de tuiles claires où grouillent des monuments plusieurs fois centenaires, des ruelles secrètes, des arrière-cours oubliées, des hôtels particuliers restaurés. Enserré entre les grands boulevards, le cœur de l’insoumise cité des Antonins se laisse découvrir lentement, méticuleusement. Détail après détail. Il faut être aux aguets, l’œil ouvert, l’oreille attentive et, souvent, le nez en l’air. A chaque coin de rue, on tombe sur les lambeaux d’un passé effiloché, érodé, enfoui. Humbles, les façades nîmoises possèdent peu de décors architecturaux. Seules les fenêtres et les portes déploient quelques coquetteries comme des motifs sculptés, des coquilles ou des pilastres surmontés de feuilles d’acanthe. Il suffit de traverser la rue de l’Aspic pour s’en convaincre. De temps à autre, le visiteur à la curieuse impression d’être épié. Rien d’étonnant : des dizaines de faces d’hommes et de femmes, de démons ou de lions en pierre, le surveillent du haut de leurs corniches. Ces sentinelles du passé guettent tandis, que, sous terre, l’eau verte de la source vauclusienne, à la « profondeur insondable », charrie des légendes à travers un lacis de galeries et de canaux. Pour comprendre l’histoire de Nîmes, il faut remonter aux sources. Ou plutôt à la source de la Fontaine.

 

Un peuple se fixe près d’une source et rend hommage à Nemoz, la divinité du lieu

 

Vers le VIe siècle avant J.-C., un peuple celte, les Volques arécomiques, s’installe au pied et sur les pentes méridionales du mont Cavalier. Le site réunit toutes les conditions nécessaires à leur sédentarisation : pérennité de l’eau, abondance de ressources (chasse dans une garrigue giboyeuse, élevage et agriculture dans la plaine) et proximité d’un grand axe de circulation Rhône-Pyrénées, la mythique « voie Héracléenne ». Aussitôt implantés, ces Gaulois honorent la divinité de la source, topique et éponyme : Nemoz, devenu Nemausus à l’époque romaine. Ils prient également d’autres esprits, comme en témoigne la dédicace aux « déesses mères nîmoises » - divinités de la terre souvent associées à des sources -, gravée sur l’abaque d’un chapiteau votif en gallo-grec (langue gauloise transcrite en alphabet grec). Le « guerrier de Grézan », dont on a trouvé le magnifique buste dans le quartier du Grézan en 1901, a certainement révéré l’une de ces divinités préromaines, sans visage, tapie quelque part dans l’eau trouble de la source.

Au fil du temps, l’oppidum se développe et, au IIIe siècle av. J.C., se dote d’une enceinte. Les habitations primitives élevées avec des matériaux périssables laissent la place à des constructions en pierre sèche. Parmi celles-ci, une imposante et inébranlable tour juchée au sommet d’une colline, noyau de la tour Magne romaine. Du haut de ce poste de surveillance, les Volques arécomiques voient l’ombre de Rome rôder, s’approcher. Inexorablement. Ils savent bien que les Romains annexeront un jour ces territoires compris entre les Alpes et les Pyrénées. C’est chose faite à la fin du IIe siècle av. J.-C. Les Romains envahissent la région entre les années 125 et 121 av. J.-C. et créent leur première province en Gaule, la Transalpine, future Narbonnaise. Une via publica, la voie Domitienne, est alors aménagée sous l’impulsion du proconsul Cneius Domitius Ahenobarbus sur l’ancienne voie Héracléenne vers 118 av. J.-C. Destiné à faciliter la circulation des légions romaines, l’axe routier reliant Rome à la péninsule Ibérique est une bénédiction pour l’économie locale.

 

Dans sa « Géographie », Strabon fait une description précise de Nemausus

 

La Nemausus gallo-romaine acquiert le statut de colonie – soit à l’époque césarienne, soit pendant le second triumvirat. L’émission de monnaies en argent et bronze, entre 44 et 42 av. J.-C., portant la légende « NEM COL », atteste pour la première fois d’une colonia Nemausensis. Reste à savoir si elle est une colonie de droit romain (où tous les citoyens ont les mêmes avantages que ceux de Rome) ou de droit latin (où seuls les citoyens ayant exercé une magistrature peuvent se voir gratifiés du droit romain). Le géographe grec Strabon (58 av. J.-C. – entre 25 et 21 av. J.-C.) précise dans sa Géographie : « La capitale des Arécomiques est Nemausus. Elle est de loin inférieure à Narbonne sous le rapport de la population étrangère et de son mouvement commercial, mais elle l’emporte sur elle sur le plan politique. En effet, elle tient à sujétion vingt-quatre bourgs de même appartenance ethnique qu’elle-même, habités par une population remarquablement nombreuse. Ces bourgs forment avec elle une confédération. En outre, Nemausus jouit de se qu’on appelle le ius Latii, droit qui assure la citoyenneté romaine à qui a revêtu l’édilité ou la questure. De ce fait la population n’est pas soumise aux édits des gouverneurs envoyés par Rome. » Dotée du droit latin, la ville domine vingt-quatre oppida qui lui payent tribut, jouit des privilèges et d’une autonomie relative. De sacrées prérogatives, alors qu’elle n’a pas encore entamé son âge d’or ! Il faudra attendre la mort d’un illustre personnage pour que son histoire s’emballe et joue en sa faveur.

L’assassinat de César, aux ides de mars en 44 av. J.-C., par Marcus Junius Brutus, son fils adoptif, plonge Rome dans une effroyable guerre civile. Pendant treize ans, Lépide, Antoine et Octave, le fils adoptif et héritier du général défunt, se jettent frénétiquement dans un tourbillon de batailles et d’alliances pour s’emparer de l’illustre succession. La position stratégique de la Transalpine incite les triumvirs à envoyer des affidés, clients et vétérans dans les nouvelles colonies. Il s’agit de garder une influence sur ces marches militaires. En -31, Octave vainc la flotte d’Antoine et de Cléopâtre, la reine d’Egypte, lors de la bataille d’Actium sur la côte occidentale de Grèce. Cette victoire met un terme aux affrontements qui ont divisé la République et laisse Octave, futur Auguste (le Sénat lui décernera le titre officiel d’Imperator Caesar Augustus le 16 janvier 27 av. J.-C.), seul maître du monde romain. Une monnaie frappée à Nemausus, entre 28 et 27 av. J.-C., commémore cet épisode. Ces as de Nîmes représentent, à l’avers, les bustes adossés d’Agrippa (le général victorieux) et d’Auguste et, au revers, un crocodile enchaîné à une palme (symbole de l’Egypte vaincue), que l’on retrouve sur les armoiries de la ville. Les Nîmois seraient-ils les descendants de ces vétérans, grands bourlingueurs de la mer Méditerranée, appartenant à l’armée qui vainquit à Actium ? Il n’y a pas l’ombre d’une preuve. Pourtant, cela pourrait expliquer l’incroyable prodigalité d’Auguste envers Nemausus. Sous son principat, la ville devient l’une des plus belles « vitrines » de l’Urbs en province. Sa riche parure monumentale fait encore sa réputation dans le monde entier. Lors des deux premières décennies de l’Empire, le développement urbain est important. Evidemment, la refondation symbolique de la ville débute par le site de la Fontaine. Dès 25 av. J.-C., les Romains greffent, un sanctuaire dynastique consacré au culte de l’empereur et de sa famille sur l’espace cultuel indigène. Articulé autour du bassin de la source, l’Augusteum est composé de trois grands ensembles (nymphée, temple et théâtre). Au centre, le Nymphée est une plate-forme massive quadrangulaire flanquée de quatre hautes colonnes d’angle au milieu de laquelle est érigé l’autel impérial. Une frise à rinceau d’acanthes – dont sept fragments sont conservés au Musée archéologique – orne le soubassement de ce massif entouré d’eau. Du bassin de la source partent deux escaliers semi-circulaires. Pour parfaire l’ensemble, un triple portique (est, ouest, sud) à double galerie agrémenté d’une entrée monumentale cerne la construction. Sur la partie orientale du site, l’édifice dit « temple de Diane », seul monument encore debout, est sans doute l’un des plus mystérieux de la ville. On ne sait pratiquement rien de lui. Etait-ce un temple, une bibliothèque ou une maison luxueuse ? L’incertitude plane. L’une des hypothèses avancée par les archéologues est celle d’une salle cultuelle utilisée simultanément comme bibliothèque… Quoiqu’il en soit, cette construction – qui n’a jamais été consacrée à la divinité chasseresse – présente un plan tripartite avec une large cella (salle centrale) à niches alternées et deux couloirs voûtés. Abritées sous des grands arbres, les ruines du « temple de Diane » font le bonheur des promeneurs en mal de romantisme. En face se dressait un théâtre intégré au sanctuaire dynastique. Ses vestiges dégagés au XIXe siècle, sous la direction de l’archéologue Auguste Pelet, furent aussitôt remblayés : ils sont enfouis sous la pelouse. La Ville n’y avait certainement pas vu d’intérêt immédiat. Fort heureusement, une maquette en liège, où l’on distingue l’orchestra semi-circulaire et neuf gradins, a été réalisée par l’initiateur des fouilles.

 

L’empereur Auguste fait entourer la ville d’une enceinte de six kilomètres

 

Le princeps, au faîte de sa gloire, continue à combler Nemausus de ses bienfaits. Il lui offre une enceinte monumentale de 6 kilomètres, percée de portes et renforcée de 80 tours. Le tout enserre 220 hectares ! « César Auguste, empereur, fils du divin [Jules César], consul pour la huitième fois, donne portes et murs à la colonie. » Grâce aux titres énumérés dans cette inscription, conservée sur la partie supérieure de la porte d’Auguste (naguère nommée porte d’Arles), les archéologues ont pu dater la fin de la construction, puisque c’est dans les années 16-15 av. J.-C. qu’Auguste a revêtu la puissance tribunicienne pour la huitième fois. Ce rempart, victime des turbulences de l’Histoire et, surtout, de la spéculation immobilière, ne présente plus que quelques irréductibles ruines encore debout, dont la providentielle porte d’Auguste. Bâtie en grand appareil au sud-est de l’enceinte, elle possède deux grandes entrées destinées aux véhicules et deux passages latéraux pour les piétons. On peut apercevoir le tracé des deux puissantes tours semi-circulaires qui l’encadraient. Précision : on a très longtemps considéré la demi-colonne placée en son centre comme la borne militaire marquant le point zéro de la voie Domitienne  reliant Nîmes à Beaucaire. C’est une erreur. Le jalon initial a été retrouvé à une centaine de mètres à l’intérieur de la ville. Autres vestiges visibles de l’appareil défensif : la modeste porte de France (ou d’Espagne) et la tour Magne, point culminant du rempart remanié par les Romains. Les plus curieux, ou passionnés par la romanité, peuvent se rendre au jardin des Sœurs-de-l’Hospice (ancienne polyclinique Saint-Joseph, rue Alexandre-Ducros). Dans la cour, ils apercevront les ruines d’une tour et d’un tronçon du rempart. Un lieu agréable à visiter. Mais revenons à l’histoire de Nemausus, d’Auguste et de ses nombreuses largesses.

Chaudement blottie dans son rempart et traversée par la voie Domitienne, la cité en pleine expansion est dotée d’un autre espace publique, le forum. La planification urbaine est bouleversée. Désormais, la vie religieuse, politique, judiciaire et commerciale se déroule sur cette place d’environ 150 mètres de long et 60 de large. Au nord se dresse la curie, édifice où les décurions (hommes influents de la cité) se réunissent. Au sud, la Maison Carrée – seule construction du forum conservée – trône crânement sur son haut podium, dominant la vaste place dallée et bordée de portiques. L’harmonie de ses proportions et la perfection de ses détails laissent pantois les notables, les marchands venus négocier ou les Romains de passage. Elle est d’une beauté à couper le souffle. Ses colonnes cannelées, ses chapiteaux corinthiens et ses frises sont autant d’attraits pour les badauds. Il serait dommage de la décrire comme un archéologue, et parler de « temple d’ordre corinthien pseudo-périptère, hexastyle, avec un pronaos, une peristasis… » Des mots justes. Mais qui enlaidissent la vedette romaine ! Et que se soit dit : la Maison Carrée n’est pas « carrée ». Au XVIe siècle, les savants définissaient le rectangle comme un « carré long ». Longtemps, elle a gardé le secret de sa date de naissance. Pourtant, elle affiche sur son frontispice des trous de fixation, répartis irrégulièrement, destinés à ancrer des lettres en bronze dans la pierre. Celui qui voudra connaître sa date d’édification devra déchiffrer l’énigme. Les siècles passent.

 

Eurêka ! En 1758, le Nîmois Séguier parvient à résoudre l’énigme de la Maison Carrée

 

Et c’est un érudit nîmois, Jean-François Séguier, qui perce à jour le mystère en 1758. Les trous révèlent cette inscription : « C. CAESARI. AVGVSTI. F. COS. L. CAESARI. AVGVSTI. F. COS. DESIGNATO PRINCIPIBVS IVVENTVTIS ». Traduction : « A Caius, fils d’Auguste, consul et à Lucius Caesar, fils d’Auguste, consul désigné. Aux Princes de la Jeunesse ». Séguier se plonge dans les livres. Voici ce qu’il y découvre. Faute de descendance, Auguste demande à son ami Agrippa d’épouser sa fille Julie. De cette union naissent deux enfants : Caius (en -20) et Lucius (en -17). Le princeps s’empresse de les adopter (au sens politique du terme) pour assurer sa succession et les nomme consuls lorsqu’ils atteignent l’âge de 14 ans. L’Imperator a bien préparé le terrain. Il va réussir à imposer le principe dynastique. Mais l’Histoire en décide autrement. Lucius meurt en 2 apr. J.-C. et Caius en 4 apr. J.-C. La solution de l’énigme est là. Eurêka ! La Maison Carrée a bel et bien été bâtie la première décennie de notre ère puisqu’elle est dédiée à ces « Princes de la Jeunesse », disparus prématurément.

Puis viennent les règnes de Tibère (14-37) et de Claude Ier (41-54). Nemausus continue à se pourvoir de bâtiments urbains et à prendre de l’ampleur. « Ce n’est que vers le milieu du Ier siècle de notre ère que la construction de l’aqueduc est entreprise. Equipement hydraulique d’une haute technicité, l’aqueduc participe aussi au prestige de la cité, au même titre que les autres monuments publics. La campagne gardoise conserve de nombreux vestiges des ouvrages d’art qui supportaient la canalisation antique, dont le plus célèbre est le pont du Gard. Dans la ville, le castellum – l’un des rares châteaux d’eau conservés du monde romain -, à la fois bassin de réception et de distribution, faisait partie de la parure monumentale urbaine. On peut voir les vestiges de ce bassin circulaire rue de la Lampèze où il a été dégagé en 1844. Les ingénieurs romains ont choisi de capter la source de l’Eure à Uzès, à environ 25 kilomètres au nord de Nîmes. Pour contourner l’obstacle que constituait le franchissement des gorges du Gardon, ils optèrent pour un cheminement de la canalisation en piémont des garrigues, sur une distance d’une cinquantaine de kilomètres », explique Dominique Darde, conservatrice du Musée archéologique.

Les années filent, Rome demeure. Le peuple gallo-romain, quand à lui, s’éprend de spectacles de grande envergure. Et les citoyens de Nemausus ne font pas exception. Imaginons : un homme, vêtu d’une toge, avance à grands pas, traverse les rues. Il est certainement en retard. Ses grandes enjambées finissent par l’amener devant l’amphithéâtre édifié vers la fin du Ier siècle – sous Vespasien (69-79) ou sous Domitien (81-96). Elevé à 8 mètres du rempart augustéen, le bâtiment massif (21 mètres de hauteur) en impose avec ses soixante arcades. Les dimensions exactes de cette ellipse ? Le Gallo-Romain, disons Marcus s’est fait un point d’honneur de les apprendre par cœur : elle fait 133,38 mètres sur 101,4 mètres. Il jette un coup d’œil à la façade nord. Décidément, les deux avant-corps de taureaux placés en dessous du fronton triangulaire lui plaisent toujours autant. Il s’engouffre à l’intérieur du bâtiment et vole à travers les lacis de galeries qui lui permettent d’atteindre prestement sa place. La structure intérieure du monument est, indéniablement, ingénieuse. Galeries, couloirs, escaliers et vomitoires  hiérarchisent le public au fur et à mesure de leur montée. Les gradins, pouvant accueillir 23 000 spectateurs, sont divisés en trois zones séparées par des passages pourvus chacun d’un parapet.

Depuis sa place (délimitée par deux sillons espacés de 40 cm), Marcus regarde, envieux, les quatre premiers gradins au-dessus de la piste. Ce sont les places d’honneur réservées aux sénateurs, consuls ou tribuns. Bien sûr, les gradins situés au sommet sont destinés aux plus pauvres. Marcus voit avec satisfaction que le velum a été déployé – il est soutenu par des mats plantés dans les consoles disposées à l’extérieur de l’attique. Sur la piste (69,14 m × 38,34 m), les combats de gladiateurs font rage. Qu’ils soient rétiaires (armés d’un filet et d’un trident), mirmillons (grande épée et bouclier) ou thraces (épée recourbée, casque à large rebord), ces hommes s’évertuent à garder leur vie sauve et, pourquoi pas, à s’auréoler d’un peu de gloire. Si Marcus apprécie ses affrontements, il regrette, en revanche, l’absence de chasses, ces combats d’animaux organisés pour chauffer le public. Ici, l’élévation des gradins n’est pas suffisante pour protéger les spectateurs des bêtes sauvages. Il aurait un mot à dire aux architectes… Comment s’appellent-ils déjà ? Il ne se souvient plus. Pourtant, sous ses pieds, deux galeries aménagées servant de coulisses techniques révèlent le nom de celui qui a élevé une partie du monument : Titus Crispius Reburrus. Marcus défronce les sourcils et se laisse absorber par les combats. Tant pis. L’amphithéâtre donnera peut-être un jour des spectacles avec des animaux. Il ne croit pas si bien dire… « Les arènes sont la matrice, les entrailles de la ville. Toutes les passions et les émotions s’y jouent. A l’époque romaine, les spectacles s’y déroulent. Elle devient une protection lors des grandes invasions et, ensuite, un lieu de pouvoir et d’opposition. Lorsqu’elle retrouve sa vocation de lieu de spectacle au XXe siècle, l’ellipse redevient un lieu de catharsis des foules. Avec la tauromachie, l’opéra ou les concerts de rock. C’est le chaudron des passions ! »

Avec ses chantiers de restauration (l’amphithéâtre et le Maison Carrée) ainsi que la fondation d’un musée de la Romanité, « Nîmes la Romaine » n’a pas fini de faire parler d’elle.