Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Opératifs et spéculatifs

 

La franc-maçonnerie moderne est, dès le XVIIIe siècle, qualifiée de « spéculative », car elle emploie des symboles du métier de maçon pour nourrir la réflexion intellectuelle de ses membres, mais elle n’exige aucunement d’eux l’exercice réel de ce métier.

 

Par opposition « opérative » est un terme plus récent forgé par les historiens pour désigner la franc-maçonnerie d’avant l’époque moderne et constituée de véritables tailleurs de pierre et maçons. Si cette distinction est commode sur le plan du langage, elle tend cependant à fausser la compréhension exacte de la nature de la maçonnerie opérative. En effet, celle-ci est, du coup, souvent réduite à une simple organisation de métier dont les membres n’auraient pas été véritablement conscients de la portée intellectuelle de leurs rites et symboles, la raison d’être de ceux-ci et de leur caractère secret étant limitée à la nécessité de protéger le monopole exercé par la profession.

 

A l’opposé, certains auteurs ont tendance à placer les opératifs sur un piédestal, leur attribuant la possession de secrets ésotériques exceptionnels… On peut dire que la dichotomie opératif/spéculatif n’a guère de sens, d’autant que l’étude de certaines de ces sociétés de compagnonnage montre qu’un certain nombre de leurs membres, en réalité plus architectes et ingénieurs que simples « casseurs de cailloux », jouissaient sous l’Ancien Régime d’un niveau intellectuel remarquable sur l’art de bâtir. La distinction entre opératif et spéculatif les aurait probablement fait sourire…