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Les Chroniques de l’Histoire |
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L’Histoire pour Tous |
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Bien que Philippe le Bel n’ait eu que dix-sept ans à la mort de son père, il sut immédiatement s’imposer, réglant même un macabre controverse entre les dominicains de Paris et les moines de Saint-Denis qui revendiquaient le cœur du feu roi ! Dès le 6 janvier 1286, il fut sacré à Reims avec la reine Jeanne. Mais, si Edouard Ier d’Angleterre lui prêta hommage dès 1286 pour les fiefs qu’il détenait en France, les autres questions internationales n’allaient par tarder à le préoccuper. Il eut cependant la sagesse de ne pas intervenir directement dans les affaires espagnoles, laissant au roi d’Angleterre l’initiative des négociations. Elles aboutirent en 1291 au traité de Tarascon, qui marqua la renonciation de Charles de Valois à son titre de roi d’Aragon, moyennant l’acquisition du Maine et de l’Anjou, et aussi, la séparation entre la Sicile (attribuée à Alphonse IV d’Aragon) et le royaume de Naples (attribué à Charles II d’Anjou).
L’Angleterre et la Flandres
L’inévitable conflit avec l’Angleterre s’alluma à la suite d’un de ces fréquents (jusqu’à nos jours !) conflits de pêche, à l’époque entre Normands et Bayonnais, dont Philippe le Bel profita pour citer, le 27 octobre 1293, le duc de Guyenne (c'est-à-dire le roi d’Angleterre) devant sa cour. Ce dernier reconnut les droits de son suzerain qui, voulant en réalité la guerre, prononça le 9 mai 1294 la confiscation du duché de Guyenne qu’il fit occuper par deux fois, en 1295 et 1296. Fin 1295, Mathieu de Montmorency était même allé saccager Douvres. Mais, en 1297, la situation parut se retourner, lorsque Guy de Dampierre, comte de Flandre, que le roi avait joué en favorisant les villes flamandes, abandonna son suzerain pour s’allier au roi d’Angleterre. Les Français envahirent alors la Flandre et, vainqueurs à Furnes le 20 août 1297, prirent Lille et Bruges. Finalement, grâce à la médiation du pape Boniface VIII et du roi d’Angleterre, qui n’avait guère soutenu le comte de Flandre, une trêve fut conclue le 9 octobre 1299 au traité de Montreuil-sur-Mer qui rendit la Guyenne (sauf Bordeaux) au roi d’Angleterre et décida son mariage avec Marguerite, la sœur de Philippe le Bel, dont la fille Isabelle devait épouser le futur Edouard II d’Angleterre. Pourtant Philippe commit la maladresse de faire occuper en 1300 la Flandre par Charles de Valois, d’assigner à résidence le comte Guy de Dampierre, et surtout faire administrer la province par Jacques de Châtillon qui s’aliéna les habitants des villes, déjà hostiles aux leliaerts (Flamands ayant opté pour les lys, c'est-à-dire au roi de France). Le résultat, ce furent, au petit matin du 18 mai 1302, les Matines brugeoises, qui virent le massacre de la garnison française. Ce massacre fut suivi de celui de Courtrai où, le 11 juillet 1302, la chevalerie française, enlisée dans les marais des environs de la ville fut – prélude aux batailles de Crécy et de Poitiers – taillée en pièces par les milices flamandes qui n’eurent plus qu’à ramasser ses « éperons d’or ». Après cette cuisante défaite, Philippe le Bel prépara une revanche qu’il obtint personnellement en écrasant les Flamands à Mons-en-Pévèle, le 17 août 1304. Le traité d’Athis-sur-Orge du 24 juin 1305 régla cependant les contentieux avec la Flandre d’une manière tellement dure pour cette dernière qu’il ne fallut pas moins de dix ans de négociations pour que le roi obtînt, en juillet 1312, le « transport de Flandre », qui lui permit de conserver Lille, Douai et Béthune. Rien n’était cependant réglé, et, dès l’été 1313, une nouvelle guerre se préparait, à peine retardée par la convention de Marquette (3 septembre 1314).
La question financière
En réalité, le grand problème du règne, accru par les nécessités de la guerre, fut celui des finances. Pour le résoudre, le roi se heurta à deux obstacles qu’il ne put jamais tout à fait franchir : l’insuffisance de ses ressources domaniales et féodales, et le manque de numéraire. Etendant tout d’abord les possibilités de l’aide féodale (limitée à quatre cas très précis), il tenta d’imposer le rachat du service armé dû, à tout le royaume, c'est-à-dire au-delà de son domaine. Et, outre ses manipulations monétaires, il s’efforça de lutter contre les exportations de métal précieux, aussi bien pour empêcher la spéculation que dans sa lutte contre le pape. Mais l’impôt était la seule solution possible, au moins pour le temps de guerre, où, dès 1292, un impôt indirect de 0,4 pour cent sur les transactions et contrats, vite nommé maltôte (taxe mal perçue !) fut institué. Des villes le rachetèrent, mais un impôt direct sur le capital lui succéda. Pour le temps de paix, le roi eut recours au procédé plus contestable des confiscations, tout d’abord contre les juifs (1306) et les marchands lombards, la saisie des biens du Temple apparaissant plutôt comme une sorte d’emprunt forcé, puisqu’ils furent restitués à l’ordre qui les remplaça.
Le gouvernement de Philippe le Bel
Au-delà de l’hôtel du roi, chargé principalement de sa vie quotidienne, le centre de son gouvernement demeura son Conseil, où il appelait qui il voulait, y compris les légistes, et sans lequel il ne pouvait gouverner, bien que la décision finale lui ait toujours appartenu. La grande nouveauté du règne fut cependant de consulter, dans les circonstances importantes (1301, 1308, 1314), une assemblée composée de représentants des trois ordres du royaume – clergé, noblesse, bourgeois des villes (on ne parle pas encore de tiers état) – pour obtenir un consensus plus large que celui du Conseil, assemblée dans laquelle on a voulu voir, non sans exagération, une préfiguration des Etats généraux, même si elle en amorçait le processus. En ce qui concerne l’administration locale, le roi ne put que tenter de corriger les abus, dans sa grande ordonnance de réformation du 18 mars 1303 qui, dans la ligne des dispositions de celle de 1254, interdit aux baillis d’exercer dans leur pays natal, d’employer leurs parents, de recevoir des cadeaux, et les força à rendre leurs comptes avant leur départ. Au surplus, des enquêteurs-réformateurs devaient informer le roi tout en redressant les abus et, au besoin, faire rentrer des impôts, le tout avec parfois un peu d’arbitraire. Mais c’est dans le domaine de la justice que les réformes de Philippe le Bel furent peut-être les plus profondes. Laissant subsister, pour des raisons politiques, deux parlements provinciaux, l’Echiquier de Normandie et les Grands-Jours de Troyes, qu’il garnit de parlementaires parisiens, il perfectionna surtout son parlement, jugeant depuis 1278 en appel, et qu’une ordonnance de 1303 fixa à Paris. En son sein, on distingua, plus nettement encore que sous le règne précédent la Chambre des plaids (future « Grand-Chambre »), la Chambre des enquêtes (y compris en langue d’oc) et la Chambre des requêtes, chaque Chambre comportant déjà un personnel fixe de laïcs et de clercs (où des juristes dominèrent vite) et tenant, à partir de 1308, une seule et longue session à partir de la Toussaint. Une autre innovation de Philippe le Bel fut, au sein même de la Cour du roi dans les années 1300, la Chambre des comptes de la gestion financière des officiers royaux. Et, dans son sein, les maîtres des comptes s’opposeront parfois, par la suite, et dans son propre intérêt aux libéralités excessives du roi. Mentionnons pour finir, en dehors du gouvernement proprement dit, l’apparition vers 1300 de la chancellerie, chargée de rédiger, de sceller, d’enregistrer et d’expédier les principaux actes royaux, et souvent confiée à un simple garde du Sceau royal, au rôle politique parfois éminent, comme Pierre Flote ou Guillaume de Nogaret.
La lutte contre le Saint-Siège
L’histoire politique que nous avons retracée plus haut doit évidemment être complétée par celle de la lutte, parfois dramatique, de Philippe le Bel contre le Saint-Siège. Elle débuta après l’abdication, en décembre 1294, du pape Célestin V, un pieux ermite, étranger aux affaires politiques et que l’Eglise finit par canoniser. Lui succéda, le même mois, sous le nom de Boniface VIII, Benedetto Caetani, un grand canoniste orgueilleux, intransigeant sur les principes, et qui n’avait pas été étranger à l’abdication insolite de son prédécesseur. Le premier prétexte du conflit naquit, lorsque Philippe le Bel prétendit exiger en 1296, pour financer sa guerre avec l’Angleterre, une décime de son clergé sans le consentement requis des conciles provinciaux. Le pape répliqua par la bulle Clerici laicos du 24 février 1296, dans laquelle il rappela que son consentement était nécessaire pour toute contribution prélevée sur le clergé, et excommunia à l’avance ceux qui la paieraient. Mais avant même la publication de la bulle en France, le roi interdit en revanche, pour gêner la papauté, toute exportation d’or et d’argent hors du royaume. Le pape répliqua le 20 septembre 1296 par la bulle Ineffabilis amor, véritable déclaration de guerre menaçant le roi de jugement, ce qui était la négation même de la prétention de Philippe le Bel de ne tenir sa couronne que de Dieu, sans la médiation du pape. Ce dernier n’en recula pas moins, par pure politique, puisque deux bulles de 1297 reconnurent au roi la possibilité de lever sur le clergé des décimes en jugeant lui-même de leur opportunité et sans le consentement pontifical. Et le pape alla même jusqu’à canoniser Saint-Louis, le 10 août 1297. Le conflit, dont le fond n’était nullement réglé, n’en rebondit pas moins, à la suite de l’affaire de Bernard Saisset, l’évêque de Pamiers. Ce dernier, ami du pape, n’avait pas hésité à critiquer le roi, en rappelant qu’après tout celui-ci ne descendait pas en ligne directe de Charlemagne. Le roi le fit arrêter et juger à Senlis, en octobre 1303, par sa propre cour et, pour tourner les règles ordinaires qui interdisaient qu’un évêque soit jugé hors de sa province par une cour laïque, fit même céder à l’évêque de Narbonne l’hôtel de Senlis où était détenu Saisset ! Au demeurant, la présente affaire s’était doublée de celle de Bernard Délicieux, un jeune franciscain dont la prédication en Languedoc mettait en cause à la fois les dominicains, le pape et le roi. Le pape cessa alors de temporiser et, par la bulle Ausculta, fili du 5 décembre 1301, affirma la supériorité du Saint-Siège sur les royaumes temporels, non sans rappeler ses griefs contre le roi. Ce dernier ne pouvait que réagir, et l’on sait qu’il imagina alors de présenter un résumé quelque tendancieux (mais non mensonger comme on l’a dit) du texte pontifical, rédigé par les légistes de Pierre Flote, devant une assemblée de prélats, de barons et de bourgeois tenue à Notre-Dame de Paris le 10 avril 1302. L’assemblée ne pouvait – dans ses trois ordres séparément d’ailleurs – qu’approuver le roi, et interdire aux évêques de se rendre au concile français que le pape avait prévu à la Toussaint 1302 pour juger sa politique. Mais le conflit était trop grave pour s’apaiser, même après la mort à Courtrai de Pierre Flote. Le 18 novembre 1302, le pape publia sa célèbre bulle Unam sanctam, dans laquelle, sur la base de la théorie des deux glaives (spirituel et temporel, dont le premier domine le second), il affirmait le principe de la théocratie et son corollaire, c'est-à-dire que, pour autant que le « pouvoir spirituel doit […] établir le pouvoir terrestre », « s’il sort du droit chemin, le pouvoir temporel, sera jugé par le pouvoir spirituel ». L’excommunication était pendante, et c’est certainement pour l’éviter que Guillaume de Nogaret réclama devant le Conseil du roi, le 12 mars 1303, que le pape fût jugé lui-même par un concile universel. Il alla en personne porter l’assignation à comparaître au pape, avant que ce dernier n’excommunie le roi. Mais, c’est alors qu’eut lieu, le 7 septembre 1303, ce que l’on a appelé à tort, du moins en ce qui concerne Nogaret, « l’attentat d’Anagni » contre Boniface VIII. La vérité est que, ayant rencontré en chemin Sciarra Colonna, un adversaire du pape appartenant à une faction rivale qui voulait le forcer à abdiquer, Guillaume de Nogaret en profita pour approcher le souverain pontife à qui il évita peut-être d’être massacré par les hommes de Colonna. Boniface VIII, cruellement humilié, n’en mourut pas moins un mois plus tard, et son successeur Benoît XI alla jusqu’à absoudre Philippe le Bel et ses barons (sauf Nogaret !) de leurs fautes. Aussi, ce ne fut qu’avec le pape suivant, l’archevêque de Bordeaux Bertrand de Got, élu le 5 juin 1305 sous le nom de Clément V et qui séjourna à Avignon à partir de 1309, que la lutte reprit, sous une forme atténuée, avec l’affaire des templiers.
La fin des Templiers
L’affaire débuta lorsque parvinrent à la cour du roi des dénonciations plus ou moins mensongères et exagérées, fondées en tout cas sur des exceptions, contre l’ensemble de l’ordre du Temple accusé d’hérésie, d’idolâtrie et même de sodomie. Elles coïncidaient, non seulement avec la nécessité de la réforme des ordres militaires voulue par le pape, et qui aurait aboutie à la fusion de l’ordre avec celui des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, mais encore avec la volonté royale de nuire à un ordre dont le but primitif avait disparu et dont la richesse scandalisait. Le 13 octobre 1303, le roi par une extraordinaire opération policière, puisque son secret avait été gardé, fit arrêter touts les templiers de France ; et après avoir obtenu, souvent par la torture, les aveux désirés, il fit approuver sa conduite par une assemblée de prélats, de nobles et de bourgeois réunie à Tours en mai 1308. Le pape décida pourtant que le jugement personnel des templiers appartiendrait à l’Eglise et qu’une commission pontificale enquêterait sur l’ordre. Mais le roi eut peur d’être désavoué et – anticipant sur la procédure qui devait être fatale à Jeanne d’Arc – ses légistes firent condamner comme « relaps », pour être revenus sur des aveux faits sous serment, les frères voulurent défendre le Temple en 1310. Ce premier groupe monta sur le bûcher.
Finalement, le pape, qui avait besoin de Philippe le Bel, sans attendre même la décision incertaine du concile réuni à Vienne en 1312, supprima l’ordre du Temple, par la bulle Vox in excelso du 22 mars 1312. Ses biens furent dévolus à l’ordre précité de l’Hôpital, non sans que le roi se soit fait régler les frais de sa garde temporaire des domaines du Temple ! Mais il restait à juger ses dignitaires et, en particulier, son grand maître, l’intègre Jacques de Molay qui, en refusant la fusion de son ordre avec les hospitaliers, l’avait condamné ; proclamant son innocence et cele de son ordre, il fut finalement brûlé avec les autres dignitaires comme relaps, le 19 mars 1314, non sans avoir, dit la légende, assigné le roi et le pape, qui moururent touts la même année.
Une triste fin
Même si la prédiction de Jacques de Molay relève de la légende, la fin du règne de Philippe le Bel fut marquée par un drame familial que la légende sut aussi exploiter : l’adultère prouvé de deux de ses brus, Marguerite de Bourgogne, qui avait épousé en 1305 le futur Louis X le Hutin et Blanche d’Artois, qui avait épousé en 1308 le futur Charles le Bel. La troisième, Jeanne d’Artois, sœur de Blanche et fille d’Othon de Bourgogne, qui avait épousé en 1307, le futur Philippe V le Long, n’était que complice. Après les avoir fait arrêter toutes les trois et fait avouer les amants des deux premières, les frères d’Aunay (qu’il fit écorcher vifs, décapiter et pendre), le roi condamna à la prison Marguerite (qui mourut de froid à Château-Gaillard), et Blanche (qui mourut finalement au couvent). Quand à Jeanne, elle réussit, après la mort du roi, à se faire pardonner par son mari.
Le roi qui n’avait pu terminer la guerre de Flandre malgré les efforts d’Enguerrand de Marigny, et qui vit se constituer contre lui plusieurs ligues, dont le but avoué était de contrôler son pouvoir, mourut à la suite d’un accident de chasse le 29 novembre 1314 à Fontainebleau et fut inhumé à Saint-Denis. Avant sa mort, il avait eu le temps de dire à son faible successeur : « Pesez, Louis, pesez ce que c’est d’être roi de France. »
Le fondateur de l’Etat laïque
On a parfois prétendu que Philippe le Bel, personnage inconsistant, se serait effacé devant ses conseillers. Mais c’est oublier que, comme le dira Machiavel dont il est le précurseur, les bons conseils naissent de la sagesse du Prince, non l’inverse. Le plus marquant en tout cas dans son règne, c’est la distance qu’il a su prendre, tout en demeurant chrétien, à l’égard de l’Eglise dont, après lui, aucun roi n’acceptera plus, en matière politique, la loi. Avec lui c’est également l’Etat moderne, aussi indépendant de la morale chrétienne, qui apparaît avec ses qualités – l’ordre et l’efficacité – et ses défauts, le non-respect de la justice dès lors qu’il se crée (les Templiers), un « Etat dans l’Etat ». Mais il fallait un grand roi pour assurer la transformation nécessaire d’un Etat féodal en un Etat de plus en plus centralisé et totalitaire.
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Philippe IV le Bel |