Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

 

Christophe Colomb : 1451-1506

 

 

Personnage étrange, mystique imbu d'une piété franciscaine fervente pour les uns, marchand d'esclaves méprisable pour d'autres ; obsédé par la fièvre de l'or, ou seulement occupé à  réaliser un projet superbe et chimérique ; reçu en triomphe à  l'occasion d'une tournée de réve de Pulos à  Barcelone, et sept ans plus tard déchu, chargé de chaînes, emprisonné ; visionnaire ou imposteur, Christophe Colomb est sans aucun doute l'un des personnages les plus contradictoires de l'Histoire. Ajoutons que s'il est admis par la plupart des historiens qu'il était Génois, les Catalans, les Corses, les Galiciens, les Portugais le revendiquent, au moins certains d'entre eux. D'autres assurent qu'il était juif, converti au christianisme mais " de la bouche et non du cœur ".

Cependant, la controverse ne met guère en doute ses qualités exceptionnelles de marin. Lui-même se définit comme tel : " Dans un âge très tendre, j'ai commencé à  naviguer sur la mer. Cet art incline celui qui s'y livre au désir de connaître les secrets du monde. Et il y a plus de quarante ans que je le pratique. Toutes les mers sur lesquelles on navigue aujourd'hui, je les ai parcourues... Je trouvais Notre Seigneur favorable à  mon inclination et je reçus de lui pour cela esprit d'intelligence. Il me rendit apte à  la profession de marin, me donna ce qui suffisait en astrologie, comme en géométrie et en arithmétique l'habileté d'esprit et des mains pour dessiner la sphère terrestre... Notre Seigneur m'ouvrit l'esprit en me rendant évidente la possibilité de naviguer d'ici aux Indes, et il me donna la volonté d'exécuter ce projet... " Il est vrai que Colomb, avant de se lancer dans l'expédition de 1492 qui le rendit célèbre, a beaucoup navigué, et cela dès sa prime jeunesse. Il a sillonné la Méditerranée et la mer Egée, on le trouve à  Chios dans les années 1474-1475. Venu à  Lisbonne en 1476 ou 1477 pour rejoindre son frère Bartolomeo, qui était cartographe, il a entrepris plusieurs périples atlantiques, qui ont ajouté à  sa connaissance de la Méditerranée celle de l'océan ; il est allé au Nord jusqu'en Islande ("l' ultima Thulé ") ; vers le sud, il a longé les côtes d'Afrique jusqu'au golfe de Guinée. Il a longuement séjourné à  Madère. De la sorte, il a bénéficié de l'expérience des grands marins portugais du temps, découvert l'existence des alizés et des vents d'ouest dominants des latitudes moyennes et repéré les courants majeurs.

C'est dans de telles circonstances qu'il conçoit son projet d'aller aux Indes par l'ouest. Il n'est pas impossible qu'à  Madère il ait recueilli les confidences d'un naufragé à  bout de forces, décédé ensuite. C'est ce que certains appellent " le secret de Colomb ". Mais, naturellement, son projet est fondé sur une erreur majeure : il imagine la sphère terrestre beaucoup plus petite, et ne soupçonne méme pas l'existence d'un océan immense comme le Pacifique.

Toutefois, Colomb donne la pleine mesure de ses qualités de marin lors des deux premières expéditions de découverte, celles de 1492 et 1493. Il organise le voyage d'aller, à  partir des Canaries, en mettant à  profit l'alizé du nord-est afin de réaliser le parcours le plus long possible à  travers l'Atlantique - malgré les résistances des équipages qui imaginent l'océan comme une mer ténébreuse, peuplée de monstres et de créatures fantastiques. Il sait parfaitement choisir la route du retour, de façon à  utiliser les vents d'ouest dominants, bien plus au nord, ce qui explique le passage par les Açores. Son deuxième voyage, celui de 1493, est un chef-d’œuvre de navigation mais le temps de la traversée ne sera pas amélioré : trente-neuf jours de Cadix à  Puerto Belo, port situé sur l'isthme de l'Amérique centrale.

Bien qu'il ait été un colonisateur contestable, obstiné longuement dans son erreur d'avoir atteint l'Asie, Colomb fut un marin génial.