Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

L’énigme OLMÈQUE

 

Les Olmèques, qui ont précédé les Mayas, ont laissé derrière eux des artéfacts représentant des Africains, des Orientaux et des Européens, indices de nombreux contacts établis à la faveur de voyages transocéaniques... Une énigme archéologique qui divise une fois de plus isolationnistes et diffusionnistes.

 

La civilisation olmèque constitue sans doute le plus ancien et le plus grand mystère du Mexique ancien, et de l’Amérique centrale en général. Les archéologues universitaires désignent souvent les Olmèques comme des « proto-Mayas » ou « Olmans », ce qui signifie habitants d’Olman, la « terre olmèque », comme on l’appelle aujourd’hui. En examinant les énigmatiques dessins des cavernes et les gigantesques têtes parfaitement sculptées, avec ce « froncement de sourcils » et cette allure militaire caractéristiques, une question nous vient à l’esprit : « Qui étaient donc ces étranges individus ? ». On parvient seulement aujourd’hui à reconstituer l’univers des Olmèques. À travers leurs oeuvres, on constate qu’ils portaient souvent des casques de cuir et avaient des visages larges avec des lèvres épaisses, un nez épaté et un air menaçant, tels des rugbymen nigériens ou tanzaniens prêts à bondir. Bien que les plus grands archéologues nous assurent que les Africains n’ont jamais colonisé le Mexique ou l’Amérique centrale, le profane ne peut qu’être sceptique... Même si la sacro-sainte université tolère que l’on raconte aux masses de touristes et d’étudiants que ce n’étaient pas des Africains, force est d’en conclure que ces universitaires sont aveugles ou fous, ou les deux !

 

Un mode de représentation à part

 

Ce qui fascine le spectateur actuel dans cette civilisation énigmatique, c’est sa façon de se représenter. Outre certaines sculptures révélant des caractéristiques négroïdes, de nombreux artéfacts dépeignent des individus aux traits orientaux ou européens. Il est donc très intéressant d’examiner de près leur tenue et leur casque, la forme de leurs yeux, de leur nez, de leurs oreilles et de leur bouche, la position de leurs mains et l’expression de leur visage. C’est de l’art sous sa plus belle forme. Leurs expressions, mais aussi le symbolisme des objets qu’ils tiennent ou auxquels ils sont associés, semblent indiquer un degré élevé de sophistication et une iconographie commune. Que signifie tout cela ? Qui étaient ces gens ? Étaient-ce des villageois isolés ou des étrangers venus d’une terre lointaine ? Jusque dans les années 30, tout le monde pensait que la civilisation la plus ancienne des Amériques était celle des Mayas. Le grand nombre de monuments, stèles, poteries, statues et autres artéfacts mayas découverts dans toute la péninsule du Yucatán, au Guatemala et sur la côte du Golfe du Mexique, avait convaincu les archéologues qu’elle était bien la civilisation mère d’Amérique centrale. Mais certains « artéfacts mayas » se démarquaient de la majorité des objets. Certaines grosses têtes sculptées présentaient notamment des traits plus africains que bon nombre des oeuvres mayas. Elles se caractérisaient souvent par un curieux froncement de sourcils, portaient des masques ou semblaient figurer des êtres mi-jaguar/mi-homme. Ces aspects récurrents ne cadraient pas avec les autres trouvailles mayas.

 

Olmèque signifie « gens du caoutchouc »

 

En 1929, Marshall H. Saville, directeur du musée des Amérindiens de New York, a attribué ces œuvres à une culture entièrement nouvelle ne descendant pas des Mayas. Assez mal à propos, il a baptisé cette culture « olmèque » (nom qui lui fut donné pour la première fois en 1927), ce qui signifie « gens du pays du caoutchouc » en náhuatl, la langue des peuples du Mexique (Aztèques). La plupart des artéfacts anormaux ont été découverts dans les États de Tabasco et de Veracruz, au sud du Mexique, zone marécageuse exploitée pour son pétrole et son gaz naturel, mais jadis très prisée pour ses hévéas. Les anciens Mésoaméricains, des Olmèques aux Aztèques, extrayaient le latex du Castilla elastica et le mélangeaient au jus d’une liane, Ipomoea alba, pour fabriquer du caoutchouc dès 1600 av. J.-C. (et peut être même avant). À l’époque bien plus tardive de la dominance aztèque, « olmèque » était le nom aztèque donné au peuple qui vivait dans cette zone. On attribue aujourd’hui aux Olmèques l’invention du jeu de balle (balles en caoutchouc), si important dans toutes les civilisations méso-américaines. À vrai dire, ce jeu est peut-être même antérieur aux Olmèques. Les terrains et jeux de balle olmèques-mayas étaient connus jusqu’en Arizona et en Utah, au nord, et jusqu’au Costa Rica et au Panama, au sud.

 

Des origines encore mystérieuses

 

Selon le célèbre archéologue mexicain Ignacio Bernal, l’art de type olmèque a été étudié dès 1869, mais, comme indiqué plus haut, le terme « olmèque » a été employé pour la première fois en 1927. Naturellement, certain nombre de grands archéologues (parmi lesquels Eric Thompson, qui a aidé à déchiffrer le calendrier maya) ont refusé de croire que cette nouvelle culture pouvait être antérieure aux Mayas. Ce n’est qu’à l’occasion d’une réunion extraordinaire à Mexico en 1942 qu’il a été reconnu

que les Olmèques avaient précédé les Mayas, mais la date d’apparition de la culture olmèque allait encore faire l’objet d’un vaste débat. La découverte des Olmèques a remis en question bon nombre d’anciennes hypothèses sur la préhistoire des Amériques. Surgissait soudain un peuple à l’aspect varié qui créait des sculptures monumentales avec un talent étonnant, avait « inventé » le système de numération et d’écriture ainsi que la balle/le jeu de balle utilisés par les Mayas et connaissait même la roue (comme en témoignent leurs jouets à roulettes).

 

Des colonisateurs transocéaniques ?

 

Bernal a continué à étudier les Olmèques et a écrit la seule oeuvre significative sur le sujet, The Olmec World (1969). Il y parle de curieuses trouvailles attribuées aux Olmèques dans tout le sud du Mexique et de l’Amérique centrale et jusqu’au site de Guanacaste au Nicaragua. Cependant, il n’a pas réussi à découvrir l’origine de ce peuple étrange aimant tant figurer des hommes barbus, des têtes négroïdes et des hié roglyphes indéchiffrables. Bernal pensait que des sites mayas aussi célèbres qu’Uaxactun et El Mirador avaient au départ été occupés par les Olmèques. Pourtant, les archéologues traditionnels, tels que le célèbre auteur britannique Nigel Davies, affirment que les Olmèques n’ont pas pu être issus d’un contact transatlantique ou transpacifique. Davies estime que les Olmèques viennent peut-être de Monte Albán dans les hautes terres d’Oaxaca, d’Oxtotitlán ou de

Juxtlahuaca près d’Acapulco sur la côte Pacifique, ou plus probablement de Tres Zapotes et La Venta, régions marécageuses du Golfe du Mexique. Toutes ces régions renferment des sites olmèques connus. L’idée que ces étranges têtes négroïdes aient pu résulter d’une exploration africaine antérieure semble totalement étrangère aux historiens et aux archéologues. Bien que l’art olmèque représente souvent des seigneurs, des rois, des voyageurs, des magiciens et divers personnages barbus aux traits africains, chinois, européens ou quelques autres étrangers, la plupart des professeurs enseignant dans les grandes universités affirment qu’il ne s’agissait pas forcément d’anciens explorateurs précolombiens. Ils admettent néanmoins qu’un regard « superficiel » sur ces diverses statues et sculptures peut nous induire en erreur. Les archéologues sont ainsi confrontés à un problème majeur qu’ils préfèrent éluder. Ils prétendent que les têtes négroïdes ne sont pas africaines (ni orientales), mais reconnaissent que ces têtes de pierre géantes et autres statues semblent effectivement dépeindre des Africains. Pourquoi serait-ce le cas ? Comment se fait-il que des Amérindiens ressemblent à des Africains ? D’autres civilisations, les Mayas en particulier, ressemblent effectivement à des Amérindiens, ce qui n’est guère surprenant. Les archéologues traditionnels sont bien obligés d’inventer une explication à  cette énigme, aussi piètre soit-elle.

 

Des guerriers « durs à cuire »

 

L’origine des Olmèques demeure donc un mystère même pour les spécialistes. L’histoire parallèle ne

manque pas de théories sur la façon dont les Olmèques sont arrivés en Amérique centrale, outre la traversée du pont continental sibérien dans la préhistoire lointaine. On prétend par exemple que la population négroïde était liée à la civilisation de l’Atlantide, qu’il s’agissait d’une catégorie de guerriers robustes et « durs à cuire ». Ou qu’elle faisait partie d’une colonieégyptienne d’Amérique centrale, ou encore de quelque empire africain inconnu. D’autres ont suggéré que certains Olmèques avaient traversé le Pacifique depuis le continent perdu de Mu ou comme mercenaires chinois de la dynastie Shang ; hypothèse étayée par les curieux portraits de « magiciens » (ou chamans) utilisant des champignons magiques et autres objets psychédéliques dans de nombreuses statues olmèques. Étaient-ce des magiciens d’Afrique, de Chine ou même de l’Atlantide ? On ignore comment les appelaient les Olmèques anciens. Des témoignages mésoaméricains ultérieurs semblent désigner ces

anciens peuples olmèques par le terme de « Tamoancha». On considère généralement que la période des Olmèques s’étend de 1200 à 400 av. J.-C. Les premiers artéfacts olmèques remonteraient à l’an 1500 av. J.-C., voire à une époque plus lointaine.

 

Deux théories dominantes

 

Personne ne sait réellement d’où sont venus les Olmèques, mais deux théories prédominent :

 

1. Il s’agissait d’indiens d’Amérique, issus de la même lignée sibérienne que la plupart des autres Amérindiens et chez qui les gènes négroïdes latents étaient plus marqués.

 

2. Il s’agissait d’étrangers ayant immigré dans la région d’Olman en bateau, vraisemblablement comme navigateurs ou passagers lors des voyages transocéaniques au fil des siècles. Au centre du débat sur l’origine des Olmèques se trouve la guerre classique entre isolationnistes (qui croient que l’homme était incapable de traverser les océans et que donc les cultures anciennes se sont presque toutes développées d’elles-mêmes) et diffusionnistes (qui pensent que l’homme pouvait franchir les océans, ce qui explique les similarités entre des cultures très disparates). Richard A. Diehl ne consacre qu’un paragraphe à ce débat : « Les origines de la culture olmèque intriguent les savants et les profanes depuis la découverte à Veracruz il y a cent quarante ans de la Tête colossale I de Tres Zapotes, gigantesque tête d’homme en pierre aux traits vaguement négroïdes. Depuis, la culture et l’art olmèques ont été attribués aux navigateurs africains, égyptiens, nubiens, phéniciens, atlantidéens, japonais, chinois et autres vagabonds d’antan. Comme souvent, la vérité est infiniment plus logique et bien moins romantique : les Olmèques étaient des Amérindiens qui ont créé une culture unique dans l’isthme de Tehuantepec, dans le sud-est du Mexique. Les archéologues font maintenant remonter leur origine aux cultures pré-olmèques de la région et il n’existe aucune preuve crédible d’une intrusion étrangère. En outre, aucun artéfact authentique de l’Ancien monde n’a jamais été retrouvé dans un site archéologique olmèque, ni ailleurs en Méso-Amérique ».

 

Un peuple replié sur lui-même ?

 

En quelques mots, Diehl balaie ainsi toutes les théories et les preuves d’un contact transocéanique. Nous ne savons pas vraiment ce que serait un artéfact authentique, puisque les articles des Ancien et Nouveau mondes étaient souvent identiques. De plus, nous n’avons aucune autre information sur les cultures pré-olmèques dont descendrait cette civilisation. Mais pour que les Olmèques soient bel et bien des Africains (et ne se contentent pas d’y ressembler), il aurait fallu qu’ils arrivent sur l’Isthme de Tehuantepec en bateau. Puisque l’idée de tels voyages n’est pas admise, les Olmèques devaient simplement être des indigènes ayant toujours vécu là. À une époque préhistorique lointaine, leur groupe génétique précoce aurait pénétré au coeur de cette zone olmèque. Selon Diehl, le peuple olmèque aurait également constitué un groupe isolé au cœur de cette région, ayant peu de contact avec les autres tribus de l’Isthme de Tehuantepec. Toutefois, si les Olmèques ne fréquentaient pas des voisins situés à quelques heures de marche, ils n’auraient certainement pas entretenu des contacts avec des individus d’un autre continent. Bien que largement acceptée dans les universités aujourd’hui, l’opinion de Diehl semble fausse. Selon lui, les peuplements olmèques se sont développés indépendamment, dans leur coin en Méso-Amérique, à l’écart de toute autre culture. Ils se seraient mis soudain à fabriquer de monumentales statues de basalte (l’une des pierres les plus dures à sculpter) et de vastes structures dotées de réseaux de drainage sophistiqués, sans être en contact avec leurs proches voisins. Ce n’est que plus tard que les artéfacts de facture olmèque ont commencé à se répandre, d’autres cultures, plus étendues, reprenant leur style.

 

Une ville olmèque mise au jour en 2007

 

La théorie de Diehl a été mise à mal quand, en janvier 2007, une ville d’influence olmèque vieille de 2 500 ans a été découverte à Zazacatla, non loin de Chalcatzingo et de Cuernavaca, à des centaines de kilomètres du territoire olmèque de la côte du Golfe. Les Olmèques ont-ils eu de l’influence jusque dans le nord du Mexique ? Ont-ils participé à la construction des mystérieuses pyramides de Teotihuacán ? Les archéologues concluent dès lors que les Olmèquesont peuplé une très large zone du sud du Mexique, bien plus vaste que ce qu’ils avaient pensé. Cette découverte n’est pas vraiment surprenante, puisque la ville olmèque de Chalcatzingo à proximité de Mexico a fait l’objet de fouilles et de nombreux articles dans les années 70. Ainsi, un faisceau de preuves indique que les Olmèques connaissaient parfaitement l’existence des   alentour ainsi que celle de villes et de peuples beaucoup

plus éloignés. Étaient-ils également conscients de l’existence de civilisations transocéaniques ?

 

Une culture chamanique

 

Les Olmèques présentaient d’étranges similitudes avec les Mayas et autres cultures transocéaniques,

comme la vénération du jade et des plumes exotiques, l’usage de champignons hallucinogènes et autres drogues psychédéliques et la gravure de hiéroglyphes sur les stèles en pierre. Comme dit Diehl à propos des artéfacts découverts au site de sépulture olmèque de Tlatilco : « Une femme de rang élevé reposait à côté de quinze pots, vingt figurines d’argile, deux pièces de jadite vert clair peintes en rouge ayant pu former un bracelet, une plaque d’hématite cristalline, un fragment osseux avec des traces de peinture à fresque et diverses pierres. Une autre sépulture renfermait les restes d’un homme dont le crâne avait été délibérément modifié pendant l’enfance et dont les dents avaient été disposées en motifs géométriques à l’âge adulte. Il s’agissait peut-être d’un chaman car tous les objets placés à ses côtés semblaient faire partie de l’attirail de ces magiciens. Citons notamment de petits metates pour moudre les champignons hallucinogènes, des effigies de champignons en argile, du quartz, du graphite, de l’asphalte et autres matériaux exotiques ayant pu être utilisés dans des rituels de guérison. Une magnifique bouteille en céramique placée dans sa tombe représentait un contorsionniste ou un acrobate à plat ventre, le menton appuyé sur les mains et les jambes entièrement enroulées de sorte que ses pieds touchaient le haut de sa tête. Ce chef d’oeuvre était-il une représentation de l’occupant du tombeau ? » Bien qu’il soit facile de voir les Olmèques comme des proto-Mayas et des citoyens d’Olman (aussi vaste qu’ait pu être ce pays), nous devons également les considérer comme de fantastiques proto-Mésoaméricains : s’agissait-il d’étrangers psychédéliques utilisant des lasers pour découper des têtes colossales en basalte ; de réfugiés de l’Atlantide ayant fait une dernière halte dans le Tabasco ; de mercenaires chinois de la dynastie Shang venus d’Afrique de l’Est ou de Mélanésie et spécialement entraînés pour administrer les ports du Pacifique (et plus tard de l’Atlantique) de l’Isthme de Tehuantepec ; ou encore d’un peuple originaire de la côte Atlantique, venu d’Égypte ou d’Afrique occidentale en tant que force militaire aux alentours de 1500 av. J.-C. ? Il existe de nombreuses possibilités.

 

La terre d’Olman

 

Les Olmèques sont censés avoir occupé « la terre d’Olman », appellation utilisée par les Aztèques pour décrire les jungles de la côte voisine. Le coeur de la civilisation olmèque serait une zone du Golfe du Mexique sur la plaine côtière des états méridionaux de Veracruz et de Tabasco, région qui peut se targuer de renfermer le plus grand nombre de sites et monuments olmèques. Elle est considérée comme la zone la plus septentrionale des royaumes mayas, avec des sites comme Comacalco faisant partie des peuplements mayas les plus au nord le long de la côte du Golfe de l’Isthme de Tehuantepec. Traversé par le réseau fluvial du Coatzalcoalcos, ce territoire olmèque s’étend sur environ 200 kilomètres de long et 80 kilomètres de large. Il se caractérise par des basses terres marécageuses ponctuées de chaînes de collines et de volcans. Les Monts Tuxtla se dressent abruptement vers le nord, le long de la Baie de Campeche. Les Olmèques y ont construit des villes-temples à San Lorenzo Tenochtitlán (appelé aussi San Lorenzo), Laguna de los Cerros, Tres Zapotes, La Mojarra et La Venta. Les Olmèques ont également eu une grande influence au-delà de cette zone, des objets typiques ayant été découverts à Chalcatzingo, bien plus à l’ouest dans les hautes terres du Mexique, et jusqu’à Izapa, sur la côte pacifique près de ce qui est devenu le Guatemala. En fait, on en a retrouvé dans toute la Méso-Amérique, y compris au sud le long de la côte Pacifique du Guatemala et d’El Salvador et jusqu’au Costa Rica et au Panama. Plus de cent soixante-dix monuments olmèques ont été découverts au coeur de la zone olmèque, 80 % dans les trois plus grands centres : à La Venta dans l’État du Tabasco ainsi qu’à San Lorenzo et à Laguna de los Cerros, dans l’État de Veracruz. Ces trois grands centres couvrent le domaine d’est en ouest, de sorte que chacun pouvait exploiter les ressources naturelles propres à chaque zone. La Venta se trouve à proximité des riches

estuaires de la côte et aurait pu fournir du cacao, du caoutchouc et du sel. San Lorenzo, au centre du domaine olmèque, contrôlait la vaste plaine inondable du bassin et des routes maritimes du Coatzacoalcos, tandis que le site le plus à l’ouest, Laguna de los Cerros, jouxtant les Monts Tuxtla, se trouve près des importantes carrières de basalte utilisées dans la fabrication des metates (broyeurs de grains) et des statues mégalithiques, des blocs prismatiques et des monuments. Le coeur de la région olmèque fait partie de l’Isthme de Tehuantepec, la plus étroite zone de terre du Mexique, entre le Golfe du Mexique et l’Océan Pacifique. Il aurait eu une importance considérable si un itinéraire commercial transocéanique avait été établi. Les diffusionnistes affirment que les ports importants étaient utilisés par les navigateurs d’antan et qu’une liaison terrestre entre les ports du Pacifique et de l’Atlantique aurait été fortement souhaitable (à l’image de ces ingénieurs européens qui ont décidé qu’il leur fallait un canal traversant une zone étroite d’Amérique centrale il y a deux cent ans).

 

Sans cesse de nouveaux vestiges

 

Des monuments et gravures en pierre attribués aux Olmèques ont été découverts dans les basses terres d’Amérique centrale, au centre du Mexique et sur la côte du Golfe du Mexique. Voici ce que dit Ignacio Bernal dans The Olmec World : « ... Dans la cuvette centrale et, de façon générale, dans tout l’État du Chiapas, des restes olmèques ou apparentés surgissent constamment, bien que (comme dans d’autres régions d’Amérique centrale) ils ne constituent pas la majorité des découvertes archéologiques. Nous avons affaire à une culture apparentée aux Olmèques, mais qui a ses propres caractéristiques. Les céramiques noires avec des bords ou des points blancs sont fréquentes. Lors d’explorations scientifiques sur d’autres sites tels que San Agustin et la côte Pacifique du Chiapas, ces mêmes objets ont été découverts. À Santa Cruz, ils sont clairement associés à d’autres types appartenant au complexe olmèque. À Mirador, de nombreuses figurines olmèques ont été déterrées.

Encore plus nettement olmèque est la stèle de Padre Piedra, qui représente un personnage debout, devant lequel un homme semble être agenouillé. Mesurant actuellement 2 ,13 m de haut, il était encore plus grand à l’origine. Il a forcément été fabriqué sur place. Cette stèle était peut-être associée

à des céramiques correspondant aux Périodes I et II de Chiapa de Corzo, qui sont olmecoïdes. Un autre bas-relief sur un rocher près de Batehaton, lui aussi clairement olmèque, et d’autres objets restent à découvrir dans de nombreux sites comme Simojovel et Ocozocuautla. »

 

De l’Atlantique au Pacifique

 

Ce que Bernal tente d’établir ici est que les Olmèques ne se cantonnaient pas à la côte Atlantique, mais occupaient aussi la côte pacifique du Chiapas. Il explique en outre que les sites du Pacifique sont peut-être plus vieux que les sites « centraux » de l’Atlantique et que certains sites mayas de la région, comme Izapa, étaient à l’origine olmèques. L’une des statues les plus célèbres du Musée national du Costa Rica à San José est un personnage olmèque bossu au crâne allongé et aux yeux de type oriental. Le Costa Rica abrite également des balles de granite parfaites qui défient toute explication. Ont-elles été fabriquées par les Olmèques à la manière des têtes colossales ? Vu que des sites comme Tonalá et Izapa étaient d’anciens sites olmèques par la suite occupés par les Mayas, d’autres tels que Monte Albán, plus au nord en direction de la Vallée du Mexique, ont sûrement été peuplés d’abord par les Olmèques puis par les cultures suivantes. Dans les années 40, après avoir été reconnus comme la plus ancienne culture de Méso-Amérique, les Olmèques ont été considérés par défaut comme les fondateurs de bon nombre des villes anciennes. En gros, si l’on pouvait prouver que l’iconographie olmèque était utilisée sur un site archéologique, il y avait des chances qu’ils aient fondé la ville, puisque c’était la culture la plus ancienne. Bien qu’il ait pu exister des cultures antérieures aux Olmèques en Méso- Amérique, aucune n’a été spécifiquement identifiée par les archéologues (à ma connaissance). Puisque les plus vieux sites mayas comme Uaxactun dans les jungles de Petén au nord de Tikal sont supposés avoir été bâtis par les Olmèques, il est possible que d’autres sites mayas plus anciens (tels que Copán, El Mirador et Piedras Negras) soient également leur oeuvre.

 

 Le site de Chalcatzingo

 

L’important site archéologique de Chalcatzingo se situe au pied du Cerro de la Cantera, un affleurement à deux pics jumeaux dans le sud-est du Morelos, au sud de Mexico. Les gravures découvertes sur ce site dépeignent des thèmes mythiques et religieux associés à l’agriculture et à la fertilité. Elles ont suscité l’intérêt en 1934 lors des études réalisées par l’archéologue Eulalia Guzmán. La zone renferme des vestiges de diverses cultures depuis l’an 3000 av. J.-C. jusqu’à aujourd’hui, signe de la présence d’étrangers, notamment d’une forte influence olmèque censée avoir atteint son apogée entre 700 av. J.-C. et 500 ap. J.-C. Les archéologues ont supposé que Chalcatzingo était un avant-poste du coeur du territoire olmèque, établi pour faciliter les échanges. Les marchands olmèques rapportaient des céramiques, des produits agricoles et des matières premières d’autres zones olmèques et Chalcatzingo est devenu un centre névralgique. Le site inclut des bas-reliefs et des sculptures comme « le Roi » et « l’Homme volant », une peinture murale de la fertilité, une procession, « le Puma » et « la Reine » ainsi que des structures telles que l’« autel Tlahuica », l’« autel olmèque » et un terrain de jeu de balle. De nombreux exemples de l’art et des caractéristiques du site ont été publiés dans le livre de David C. Grove paru en 1984 Chalcatzingo: Excavations on the Olmec Frontier.

 

La Venta

 

L’un des plus grands et des plus célèbres sites olmèques, La Venta, est supposé avoir été actif entre 1200 et 400 av. J.-C., ce qui place le principal développement de la ville dans la période formative moyenne. Située à 29 km sur une île marécageuse côtière surplombant le Río Palma, La Venta aurait contrôlé une région entre les fleuves Mezcalapa et Coatzacoalcos. La partie principale du site est un ensemble de constructions en argile s’étendant sur 19,3 km du nord au sud, bien que le site se situe 8° à l’ouest du véritable nord. Bon nombre des fabuleux monuments du site sont désormais présentés au parc et musée archéologique de la ville de Villahermosa, dans le Tabasco, la capitale pétrolière du Mexique. C’est de La Venta et du site voisin de San Lorenzo, non loin des Monts Tuxtla, que viennent de nombreuses têtes colossales ayant fait la célébrité des Olmèques. À l’extrémité sud du site cérémoniel de La Venta se trouve un énorme mont pyramidal. À sa base gît la Stèle 25/26, qui représente une créature zoomorphique en grappe, surmontée de feuillage, supposée représenter l’« arbre du monde » ou l’axe du monde. La pointe nord du Complexe A est une cour fermée avec un gros gisement sinueux souterrain, censé représenter les eaux primordiales de la création. Enfouie sous la cour fermée, se trouvait l’Offrande 4, une offrande funéraire désormais célèbre composée de six haches en jade et de quinze personnages olmèques en jade au crâne allongé et aux yeux de type oriental. Seul le personnage qui leur fait face est en granite. Les figurines sont dressées sur les haches en jade verticales, qui représentent apparemment en miniature les grandes stèles en granite couramment utilisées par les Olmèques et les Mayas (ainsi que les égyptiens, les Hindous et d’autres cultures). Cette remarquable composition peut être admirée au Musée national d’anthropologie de Mexico et fait partie des pièces les plus célèbres de la section olmèque. À La Venta se trouve également le fameux Autel 4, qui faisait sûrement office de trône. Cette grosse pièce de basalte sculptée, qui pèse des tonnes, représente un gouverneur portant une coiffe et assis dans une niche. Il cramponne une corde qui s’étend jusque sur les bords de l’autel. Sur le côté de l’autel encore intact est assis un individu dont les mains sont liées par la corde, probablement un captif. La scène pourrait également évoquer une lignée ancestrale. Au-dessus du gouverneur assis, sur le devant de l’autel, se trouve l’énorme gueule ouverte d’un félin. Cette gueule de jaguar béante semble métaphoriquement associée au portail ouvert d’où émerge le gouverneur. Bien que La Venta soit supposée avoir été la « capitale» ou la ville la plus importante des Olmèques, ce n’était peut-être pas le cas. Nous n’en savons pas assez sur les Olmèques pour estimer l’importance de La Venta ou dire s’il existait des villes et des sites cérémoniels plus importants pour les Olmèques. Certains sites olmèques pourraient par exemple être enfouis sous l’eau dans le Golfe du Mexique ou ensevelis sous les marécages du Tabasco et du Veracruz. Des sites olmèques majeurs auraient également pu se trouver dans l’intérieur du Mexique, comme celui de Chalcatzingo ou le site voisin récemment découvert de Zazacatla. Ces sites sont assez éloignés de la zone olmèque centrale et laissent penser que les terres d’Olman étaient relativement étendues.

 

Le centre du monde ?

 

Plus nous apprenons de choses sur les Olmèques, plus le mystère qui les entoure s’épaissit. Cette civilisation semble inclure pratiquement tous les types raciaux du monde. Comment est-ce possible ? On attribue de nombreuses inventions aux Olmèques (la roue, le jeu de balle, l’écriture hiéroglyphique...) et on sait désormais qu’ils contrôlaient la majeure partie du sud du Mexique, d’une rive à l’autre. D’un point de vue diffusionniste, la terre d’Olman a très bien pu être le « centre du monde », comme l’Isthme d e Tehuantepec l’aurait effectivement été s’il y avait eu d’importants échanges commerciaux transocéaniques tant sur l’Atlantique que sur le Pacifique. Si de tels échanges et mouvements de navires ont bel et bien existé, la terre des Olmèques aurait très bien pu être un centre cosmopolite où s’entremêlaient des cultures du monde entier. Espérons que les découvertes à venir nous permettront d’élucider ce mystère.

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