Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Esotérisme maçonnique et initiation

 

Du secret maçonnique

 

Le mot « secret » inspire aux profanes les plus vives inquiétudes. Ils ne savent absolument pas ce qui se cache derrière ce substantif, ce qui amène les suppositions les plus loufoques, voire les plus inquiétantes.

 

Existe-t-il un secret maçonnique ?

 

En fait, il y en a plusieurs, en voici trois :

 

1 – Le secret du rituel, des textes sacrés et des légendes maçonniques.

 

2 – Le secret des loges, ce qui a été dit en tenue.

 

3 – Le secret d’appartenance.

 

Les deux premiers ont souvent été dévoilés, surtout en ce qui concerne les rituels. Cela n’a pas une grande importance, car ces textes, sacrés pour l’initié ne possèdent qu’un intérêt fort médiocre pour celui qui n’a pas appris à les lire.

 

L’initiation est un peu comme un mode d’emploi nécessaire pour transcrire les beautés et les réalités de ces écrits.

 

Pour ce qui se passe en Loge, le secret ne peut être que relatif. Le Vénérable Maître lui-même annonce à la fin des travaux qu’il faut apporter en dehors, l’œuvre commencée en dedans (du temple). En gros passer de l’ésotérie (message caché) à l’exotérie (message profane). Ce cheminement est extrêmement complexe. Le secret le plus important, et le plus immédiatement perceptible se nomme « secret d’appartenance ». Si chacun des Frères peut proclamer à tue-tête son appartenance à l’ordre maçonnique, il n’a pas le droit de trahir l’appartenance d’un frère, en annonçant sans son consentement, sa qualité de Maçon. De nos jours cela peut encore se révéler dangereux.

 

En fait, le vrai secret maçonnique est un secret personnel. Voici ce que disait le Frère Casanova : Le secret de la Maçonnerie est inviolable par sa propre nature, puisque le Maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il l’a découvert à force d’aller à la loge. D’observer, de raisonner et de séduire.

 

Ce secret, l’initié l’appréhende lentement, au fur et à mesure des années.

 

La longue compréhension des symboles, du rituel, la fréquentation de personnes que l’on n’aurait jamais rencontrées en dehors du parvis, tout cela compose ce secret maçonnique, terriblement personnel et strictement incommunicable.

 

L’entrée en maçonnerie

 

Cependant l’entrée dans la société secrète qu’est la Franc-maçonnerie se passe de façon plus brutale que la lente ascèse décrite ci-dessus.

 

Cela commence par une réflexion souvent longue ; on entre en Maçonnerie à l’âge mûr, la quarantaine dépassée, généralement.

 

La lettre de motivation

 

On commence par envoyer à l’obédience choisie une lettre de motivation, qui sera donnée au Vénérable d’un atelier en quête d’apprentis.

 

Cette fameuse lettre de motivation maçonnique est l’une des épreuves que le profane devra subir. En quelques lignes, il doit exprimer ce qu’il attend et ce qu’il peut apporter à la société dans laquelle il veut entrer. Savoir se poser les bonnes questions et se fixer des bases sûres, voici deux des premiers jalons du parcours initiatique.

 

Les entretiens enquêtes

 

Si cette missive semble inspirée par une réflexion sage et motivée par un réel intérêt « philosophique », les Maîtres de la Loge procéderont à une série de trois enquêtes. Elles se passeront sous la forme d’entretiens privés entre le profane et trois Francs-maçons qui tour à tour chercheront à cerner la réelle personnalité de l’impétrant. Le but est d’être certain que celui-ci ne fait pas fausse route en cherchant à entrer dans un milieu parfaitement inconnu. Chacune des enquêtes donnera lieu à un rapport lu en Loge.

 

Le passage sous le bandeau

 

La quatrième entrevue (« Passage sous le bandeau ») se fait à l’intérieur même du temple maçonnique durant une tenue d’ordre.

 

Là, le profane, assis au milieu de la pièce, les yeux bandés, devra répondre à une foule de questions souvent déstabilisantes, ultime épreuve orale, la plus pénible par la position même du profane perdu dans le noir au milieu de voix inconnues.

 

Un vote suivra ce dernier interrogatoire. Avec plus de 75 % de votes favorables, l’initiation se fera. Si le vote est défavorable, il sera conseillé au profane ou de renoncer à entrer en Maçonnerie, ou bien de continuer à « chercher » et de revenir quelques mois plus tard.

 

La Franc-maçonnerie ne veut pas, car ce n’est pas son intérêt à recruter à tout prix de nouveaux frères. Aussi il sera donné un laps de temps suffisamment long au nouvel initiable. Ceux qui l’accueilleront au sein d’un atelier veulent avoir la certitude que celui qui « frappe à la porte du temple »  n’a pas agi sur un coup de tête.

 

Savoir modérer ses passions est une des devises maçonniques. La « lumière » ne sera donc donné que plusieurs mois après le vote au nouvel initiable.

 

Ce délai parait nécessaire. Certains initiables ont préféré en rester là, d’autres, une fois initiés, ne sont jamais retournés dans l’atelier qui les avait reçus.

 

Car l’initiation se veut un choc, et tous n’y résistent pas. La lumière maçonnique, donnée au nouvel jeune initié l’aveugle avant de l’illuminer. Le message initiatique, contenu dans les épreuves de l’initiation, le serment, la loge elle-même, tout apparaît brusquement sous une lumière trop vive. Il ne suffit pas de désirer ardemment quelque chose pour la connaître. Le nouvel initié, s’il n’a pas le bon guide, se sentira perdu les premiers temps. L’initiation est un rituel de passage, mais aussi d’accueil. On entre dans une société nouvelle, mais les épreuves ne font que commencer…

 

L’initiation maçonnique

 

Pour les Francs-maçons le profane qui frappe à la porte du Temple, est encore imprégné du monde extérieur, de ses idées reçues, de son manque d’amour fraternel. Pour recevoir l’initiation il va devoir se purifier intellectuellement. On va lui demander rituellement de se « dépouiller de ses métaux ».

 

Ils représentent symboliquement tout ce qui est superficiel et trompeur, images du monde profane et de ses préjugés. Ainsi disparaîtront momentanément les bijoux, les pièces et les montres. Un Franc-maçon ne peut pas se définir comme un ascète, coupé du monde profane, et désintéressée, mais il doit pourtant réalisé la vanité des choses. Les « métaux » lui sont retirés au début de l’initiation car ils ne serviraient à rien.

 

Le cabinet de réflexion

 

La seule richesse exigée est celle du cœur, les biens matériels n’apportent rien à une personnalité. L’initiation ne commence pas encore, le profane doit se mettre dans certaines conditions intellectuelles. Symboliquement il est plongé dans une pièce sombre située dans un sous-sol, représentation de la tombe ou de l’enfer.

 

Dans toutes les traditions initiatiques ont fait mourir le profane afin qu’il puisse renaître. Les alchimistes employaient aussi ces concepts de mort et de résurrection. Il est dit dans la Bible Si le grain ne meurt, il pourra porter de fruit. On trouve cela aussi dans différentes religions : Osiris ou le Christ meurent et ensuite ressuscitent. Ce qu’on appelle le « cabinet de réflexion » est meublé d’une table, d’une chaise et de quelques objets. Faiblement éclairé par la lumière d’une bougie l’impétrant voit des ossements, symboles de la vérité nue, nul ne peut échapper à son destin, tout homme meurt un jour. Au mur une inscription : Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem ou en abrégé V.I.T.R.I.O.L. On traduit cette phrase alchimique par : Visite l’Intérieur de la Terre et, en Rectifiant tu Trouveras la Pierre Cachée.

 

Cette Pierre, on pourrait aussi l’appeler philosophale ; c’est le symbole de la Vérité que chacun possède mais que peu trouvent. La devise signifie aussi que tous peuvent se perfectionner, chacun possède en soi les moyens de son amélioration.

 

Sur les murs d’autres inscriptions mettent en garde le profane :

 

Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en !

Si tu tiens aux distinctions humaines, sors, on n’en connaît point ici !

Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres, tu verras la lumière !

 

Un coq est dessiné à côté qui annonce la fin de la nuit et des ténèbres, le triomphe de la lumière.

 

Le testament philosophique

 

Bien imprégné de cette atmosphère propice à la réflexion personnelle sur la vanité des choses et la fragilité de la vie l’impétrant peut rédiger son « testament ». Ce « testament philosophique », qui sera sa dernière trace en tant que profane, mais aussi sa première œuvre de réflexion maçonnique. Une fois rédigée, ce texte sera pris par un frère qui le lira à toute la loge réunie dans le Temple. La lecture faite, on procède à l’initiation et pour cela on va chercher le récipiendaire.

 

Les épreuves et la Lumière

 

Pour bien montrer qu’il ne s’est pas sorti de cette première épreuve sans tracas on va lui ôter symboliquement quelques vêtements, il aura une jambe et une épaule nues.

Pour indiquer qu’il n’a pas encore reçu la lumière, il sera aveuglé par un bandeau. Il devra lui-même, à tâtons, frapper à la porte du Temple d’une manière désordonnée.

Le chef de l’atelier (le Vénérable) l’interroge alors à travers l’huis et le profane (étymologiquement celui qui est à la porte du temple) doit expliquer quelles sont ses réelles intentions, et prouver qu’il est libre et de bonne mœurs.

Son discours terminé on le laisse accéder dans l’espace sacré de l’atelier. Il y entrera le dos courbé, signe d’imperfection et d’humilité pour celui qui ne connaît encore rien de la Franc-Maçonnerie.

Aveugle, il perçoit mieux ses autres sens, odorat, ouïe et toucher.

L’ouïe est exacerbée par un immense brouhaha…

 

Le profane déambule ensuite dans le Temple, en franchissant certains obstacles posés sur le plancher. Cette marche maladroite symbolise sa future vie initiatique, qu’il ne peut continuer que grâce à l’aide de mains secourables.

Symboliquement et sans qu’il s’en rende compte, il suit une direction précise, dans les quatre directions, passant ainsi de la lumière aux ténèbres. Son cheminement est celui de tous les quêteurs de la vérité, tournant le dos à la lumière (qui était près de lui et qu’il n’a pas su trouver), ce n’est qu’après avoir fait un tour complet qu’il se trouvera face à elle.

 

Entre autre il passe à l’Orient (ou se lève le soleil tous les matins) siège du Vénérable de l’atelier, représentant les forces intelligibles et rationnelles. Le chemin du retour passe par le Midi pour revenir à l’Occident. Trois voyages sont nécessaires pour initier le profane qui, à la fin se sera rendu compte de la difficulté du trajet qui l’attend dans sa vie maçonnique à travers sa quête de la vérité.

 

Il aura encore à affronter l’eau et le feu. L’eau représente à la fois un élément purificateur (cf baptême) mais aussi les courants de la vie dans laquelle beaucoup se laissent entrainer. Le feu qu’il affronte est celui qui est en lui.

 

Il aura enfin à boire le calice d’amertume. En effet, le sage qui a la connaissance acquiert en même temps que le savoir des déceptions et des interrogations sans cesse renouvelées qui lui apprennent que la quête vers la vérité est parfois ingrate et toujours difficile.

 

Cependant, à force de persévérance, il vaincra et ne gardera pas de souvenir de l’amertume de sa quête. Pour cela il lui aura fallu boire le calice jusqu’à la lie.

 

Après un serment solennel, il ne lui reste plus qu’à voir la lumière car le bandeau ceint toujours ses yeux. Amené près du Vénérable, le nouveau Frère est consacré (presque adoubé) par le chef de la Loge qui lui donnera, en conclusion, l’accolade.

 

Pour la première fois, on appellera le nouvel initié « mon Frère », appellation qu’il gardera toute sa vie maçonnique. On le ceint de son tablier, symbole du travail qu’il aura à accomplir. La paire de gants qu’on lui met ensuite symbolise la pureté de ses actes et le fait qu’il ne jamais (symboliquement parlant) se souiller les mains…

 

De l’apprenti au Maître

 

Cette initiation fait du profane un apprenti. Pour passer les autres grades, compagnon et Maître, il aura à subir d’autres initiations.

 

Au niveau de Maître, l’initiation pourra s’arrêter là, et ne pas aller plus loin dans les degrés que l’on dit de perfectionnement (4e au 33e).

 

C’est un choix individuel.

 

La maîtrise est une fin en soi ; à ce niveau l’initié aura appréhendé suffisamment d’aspects de la Franc-Maçonnerie et il sera assez instruit pour, à son tour, diriger les apprentis et compagnons.

 

Il faut souvent bien des années pour comprendre toutes sa signification symbolique.