Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

La doctrine cathare

 

Il faut avancer avec prudence lorsqu’on se penche sur la doctrine cathare. Tout naturellement, comme c’est à travers les documents de l’Inquisition que la plupart des historiens en ont rendu compte, du moins jusqu’au milieu du XXe siècle, elle a été déformée et souvent diffamée. La plupart des livres cathares ont été détruits par l’Inquisition. De plus la doctrine, les dogmes et la connaissance des parfaits ne se transmettaient sans doute qu’oralement aux postulants à l’initiation. Or les parfaits n’ont jamais été que quelques milliers. La masse des croyants n’était instruite que de ce qui pouvait leur être utile, guider leur conduite et leur permettre d’espérer le salut. Tout cela ne favorisait pas l’existence de nombreuses sources. Il est tout de même possible à la lumière de quelques textes anciens retrouvés et des études de quelques chercheurs sérieux de définir à trois gros traits les bases de la doctrine. Le catharisme a cessé d’apparaître comme une hérésie aberrante, incohérente, suicidaire, facteur d’anarchie sociale et de décomposition universelle. Néanmoins, le catharisme est indéniablement hérétique par rapport au christianisme orthodoxe.

 

Avant tout, le catharisme est moniste et s’affirme « chrétien » déclarant professer la vraie religion de Jésus-Christ. Les Bons Hommes, grands et habiles prédicateurs basent leurs prêches sur l’Evangile de saint Jean et ne font aucun mystère de leurs croyances. Ils soutiennent  leurs thèses devant les légats, les évêques, les docteurs catholiques romains, devant saint Dominique et ses compagnons, prétendant s’appuyer sur les dogmes de la Chrétienté des premiers temps et sur le bon sens.

 

Cela n’eût évidemment pas suffi à provoquer le déclenchement par l’Eglise d’une véritable « guerre sainte » contre les cathares et en fin de compte contre tout un peuple chrétien. Le désaccord était tel, on va le voir, qu’il était inévitable que, compte tenu du succès de l’hérésie, Rome la considérât comme une menace mortelle contre l’Eglise, contre tout ce qu’elle représentait spirituellement, socialement, temporellement.

 

L’essentiel de la doctrine cathare, on l’a vu en évoquant sa filiation, c’est le dualisme. Il y a le principe du Bien et le principe du Mal. De Dieu seul, Dieu unique incréé et éternel, procède le Bien d’où vient la lumière et l’esprit. Du principe du Mal vient ce qui matière et ténèbres.

 

On n’entrera pas ici dans le détail des deux courants dualistes déjà rencontrés chez les pauliciens – dualisme absolu et dualisme mitigé – et que l’on retrouve chez les cathares.

 

Disons seulement que pour les « absolus » qu’on rattache à l’Eglise de Dezenzano, sur le lac de Garde, les deux principes sont éternels, il y a toujours eu le Mal, « le Mal néant », et qu’il s’est introduit dans le monde de Dieu en la personne de Satan qui a corrompu des anges et les a entraînés dans le monde matériel. Pour les « mitigés » - qu’on rattache à l’Eglise de Concorezzo (Lombardie) avec laquelle les cathares du Languedoc ont été principalement en contact – seul le Bien a toujours existé et le principe du Mal est secondaire, venu de l’organisation de la matière par un ange déchu.

 

Mais ces distinctions entre les diverses écoles cathares sont modernes. Ces points de doctrine ne faisaient, semble-t-il, jamais l’objet de discussions dans les synodes cathares et n’entraient absolument pas dans les thèmes de prédication. Les croyants n’en avaient certainement pas la moindre idée et le moindre souci.

 

On ne s’étendra pas non plus sur les différences d’explication de la création du monde sensible, de la chute de Satan et des mauvais anges, du monde céleste.

 

Il importe seulement de savoir, répétons-le, que la clef de la foi et du comportement cathare, quelles que soient les écoles, tient dans cette croyance : le monde matériel est l’œuvre de Satan car il est le Mal. Le Mal n’est pas de Dieu car Dieu est la bonté et la perfection. Quant à l’homme, en tant que créature de chair, il est lui aussi l’œuvre de Satan.

 

On mesure déjà combien de telles affirmations étaient inadmissibles pour l’Eglise qui enseigne que Dieu est le créateur du ciel et de la terre et de tout ce qui y vit, et qu’il a créé l’homme à son image.

 

« Si l’homme était l’ouvrage d’un principe infiniment bon et sain,il aurait été crée non seulement sans aucun mal en lui, mais sans inclination au mal puisque cette inclination est un défaut qui ne peut avoir pour cause un tel principe ». C’est la pensée des philosophes du XVIIIe siècle qui reprennent, par goût de la dialectique et culte de la raison, les thèses cathares et manichéennes. C’est primaire, simpliste mais ce ne peut être mieux exprimé.

 

La réincarnation

 

Le principe mauvais ayant organisé la matière ne pouvait insuffler l’esprit et la vie. Mais dans son infinie bonté, Dieu a consenti à insuffler l’Esprit dans les âmes que Satan a entraînées et qu’il emprisonne dans les corps de boue qu’il a créés. A la fin des temps, l’esprit et l’âme reviendront à Dieu. Mais, cela, au terme d’une longue épreuve dont la durée peut être celle de plusieurs vies humaines.

 

La réincarnation est en effet l’un des grands thèmes cathares. Il s’accorde parfaitement avec la théorie du principe du Mal.

 

C’est au cours de leurs diverses existences terrestres, par leurs actes et leur volonté, que les hommes vont s’améliorer ou au contraire tomber plus bas. Celui qui vivra dans la charité en suivant tous les principes du bien pourra atteindre à la perfection et à la disparition du corps terrestre rejoindre le royaume de Dieu.

 

Celui qui au contraire vivra en acceptant et en faisant le Mal devra revenir dans un autre corps pour tenter de se purifier. Ainsi, de vie en vie, l’âme pourra s’élever. Comme les manichéens, les cathares croient que l’âme arrivant à la perfection et ayant reconquis son « corps spirituel » peut et doit aider à l’évolution de tous ceux qui sont restés en arrière. D’où la nécessité, même pour les parfaits, de nouvelles incarnations acceptées par amour et esprit de sacrifice.

 

L’infinie bonté de Dieu prévoit qu’il n’est pas d’âme qui ne pourra parvenir à être sauvée. Certaines mettront seulement plus de temps que d’autres mais le diable sera toujours battu et lorsque la dernière âme aura réussi à se libérer de son corps, l’œuvre de Satan sera annihilée car – c’est un grand point de la doctrine cathare « mitigée », la plus répandue – seul ce qui procède de Dieu est éternel. Le Mal a eu un début. Donc un jour il ne sera plus.

 

Il ne s’agit pas, semble-t-il, dans la réincarnation, de métempsychose comme les mythes populaires ou les comptes rendus incomplets ou orientés de l’Inquisition ont le laisser croire : les cathares ne croyaient pas à une autre vie dans le corps d’un animal mais à une réincarnation humaine.

 

Cette croyance était bien dans l’esprit du temps. Elle apportait sans doute à bien des croyants cathares non seulement l’espoir du rachat un jour ou l’autre, mais une certaine liberté d’esprit et d’action. Puisque la réincarnation assurait nécessairement dans le temps la purification, ils pouvaient vivre heureux et délivrés de l’angoisse du péché, à condition de vouloir le Bien même s’ils ne l’atteignaient pas.

 

En outre, une telle conception pouvait entrainer à long terme un bouleversement considérable des rapports sociaux. « A coup sûr, écrit René Nelli dans « La vie quotidienne des cathares », elle neutralisait les différences intersexuelles. L’homme ayant pu être une femme et la femme un homme, elle les rapprochait l’un de l’autre, annulant les inégalités postulées par la misogynie masculine. Elle enlevait, par ailleurs, toute supériorité de naissance au baron qui avait pu être un vilain dans une autre vie.

La théorie cathare des réincarnations ruinait la notion d’hérédité selon laquelle le père transmettait à son fils, non seulement ses vertus, mais aussi le droit « naturel » d’asservir d’autres hommes et de posséder seul la terre. Le Bon Homme qui révélait à la comtesse de Toulouse que, dans une autre existence, elle avait été une pauvre paysanne, affaiblissait la confiance qu’elle avait mise jusque-là en l’excellence et en la continuité de sa race. »

 

Comme, par ailleurs, le catharisme enseignait que Satan, pour entraîner les anges à sa suite, avait fait miroiter à chacun l’orgueil de commander à l’autre, la hiérarchie féodale, comme tous les pouvoirs, pouvait apparaître comme l’expression même de l’organisation satanique.

 

En fait, on le verra, ces idées n’étaient connues que d’une élite, et si les parfaits prêchaient à tous, aux pauvres et aux riches, la justice, l’équité, la tolérance, l’humilité, la liberté, s’ils étaient hostiles à l’organisation féodale, ils ne prêchaient nullement la révolte, d’autant que l’organisation sociale était, en Languedoc, plus souple et plus complexe qu’ailleurs. S’il en avait été autrement, ils n’eussent pas été aussi bien accueillis par la noblesse comme par tous les autres milieux. Ils ne s’attaquaient qu’à l’Eglise.

 

Rome, c’est l’Eglise du diable

 

Le démon, pour les cathares, c’est Sabaoth, ou Jadalbaoth, ou Yeova le Dieu de l’Ancien Testament – livre qu’ils rejettent – un Dieu vengeur et non le Dieu de la miséricorde et d’amour qu’il cherche vainement à imiter. Yeova préside aux destinées d’un univers plein de contradictions, inachevé, imparfait où rien ne dure, où tout est destructible, où ses efforts dérisoires n’arrivent pas à faire régner la paix, où la souffrance et la laideur accablent les êtres.

 

Les âmes emprisonnées dans les corps souffrent de la séparation du Dieu dont elles viennent et elles ne peuvent qu’aspirer à le rejoindre en méprisant tout de la matière.

 

Dieu connaît cette aspiration. Alors il décide de leur envoyer sa parole par la voie d’un messager qui leur dira qu’il faut renoncer à la terre, à la chair, que, en tendant constamment à la recherche du Bien, ils redeviendront un jour de purs esprits et retrouveront le ciel d’où Satan a entraîné leur âme dans sa chute.

 

Ce messager, c’est Jésus, le premier des anges suivant certains, le fils bien-aimé de Dieu suivant d’autres, ou encore, son second fils après Satan.

 

Organisateur du Bien comme Satan « est organisateur du Mal », Jésus est le médiateur qui relie les âmes prisonnières des corps à la gloire du ciel, et leur apporte l’espoir de la délivrance. Jésus est venu dans le monde du Mal, acceptant, par pitié pour les âmes, les signes de la souffrance et de la mort, le sacrifice du rachat. 

 

Cependant, il ne peut, étant esprit pur, avoir un contact réel avec la chair et la matière. Il ne serait donc pas le fils de chair d’une femme (et par conséquence directe, Marie n’est pas sa mère. Marie n’est qu’un symbole ou un ange ayant pris l’apparence d’une femme). Jésus n’est pas « incarné ». Il s’ « adombre ». Il n’est qu’une apparence qui fait semblant de se soumettre aux lois terrestres pour tromper la vigilance du démon. Mais celui-ci a reconnu le médiateur de Dieu et il pousse les hommes à le faire mourir. Et les hommes croiront avoir crucifié ce qui était immatériel et ne pouvait mourir.

 

Il reste que Satan, s’il n’a pas pu empêcher Jésus, consolateur des âmes, d’accomplir sa mission, continue à égarer les hommes. Pour l’Eglise cathare la doctrine de Jésus n’est pas enseignée par l’Eglise romaine. Eglise du diable, elle s’est substituée à la vraie et s’est appelée « chrétienne ». La pureté évangélique comme la rigueur morale ont été oubliées et celui qui ne revient pas à cette pureté de la foi ne saurait être sauvé.

 

Négation des sacrements, de l’hostie, de la croix

 

La doctrine cathare enseignait aussi, en contestation avec l’Eglise romaine, la trilogie de l’homme : l’homme est esprit, âme et corps. Alors que les catholiques ne voient que l’âme et le corps. Pour les cathares, l’esprit est émanations divine, la partie divine de l’homme qi vient de Dieu comme l’étincelle du feu.

 

Mais ce n’est sans doute pas sur ce point, d’ailleurs là aussi traité différemment suivant les écoles, que l’hérésie est apparue la plus exécrable à l’Eglise de Rome. Ni sur la trinité de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, refusée ou, au moins, contestée par les cathares. Pour les cathares, il n’y a pas un Dieu en trois personnes. Il a Dieu et il y a le Fils dont la mission est l’enseignement, et il y l’Esprit-Saint descendu, lui aussi, sur la terre et tous deux procédant de Dieu.

 

Si la doctrine cathare était intolérable à Rome, c’est non seulement parce qu’elle condamnait l’enseignement traditionnel et les rites de l’Eglise catholique, c’est surtout parce qu’elle condamnait catégoriquement.

 

L’Eglise est la prostituée de Babylone. Tout ce qui en vient est mauvais, ou en tout cas sans valeur, et au premier chef les sacrements, tous les sacrements, qui font croire aux hommes que les rites matériels peuvent apporter le salut.

 

Rien de ce qui est matière ne peut être pur, ni l’eau du baptême, ni les huiles saintes, rien ne peut être le véhicule de l’Esprit et l’hostie ne saurait devenir le corps du Christ. La croix, au lieu d’être l’objet de la vénération de tous les chrétiens, devrait leur être en horreur. Elle est l’instrument du supplice, le signe du Mal, la marque de l’humiliation tentée contre le « fils de Dieu ». De même, toutes les reliques – restes mortels de saints, pécheurs comme chacun, et dont on ne sait ce que l’âme est devenue et en qui elle est réincarnée – et les images saintes sont des manifestations du paganisme satanique.

 

L’Ancien Testament n’étant que l’enseignement de Satan, ses bases scripturaires s’effondrent. Le Christ n’étant qu’une apparence de corps, tout ce qui fait la grandeur de la révélation chrétienne s’effondre : l’incarnation, la résurrection n’ont plus de sens, même si la Rédemption demeure.

 

De plus, la vie humaine n’est plus exaltée, sanctifiée par l’exemple du Fils de Dieu fait homme. Théoriquement, aucune manifestation de la vie terrestre ne mérite de respect, rien sur la terre ne vaut l’attachement. Le mariage, notamment, ayant pour objet la procréation, entraine la précipitation de nouvelles âmes dans la matière. (On verra que, dans la réalité, les cathares condamnaient non pas le mariage, mais le sacrement puisqu’il venait de l’Eglise et que le péché de chair n’était interdit qu’aux Bons Hommes.)

 

Ainsi, le divorce entre la doctrine cathare et le christianisme orthodoxe apparaît presque total. On peut comprendre que l’Eglise triomphante, puissante, riche, sûre de la vérité, l’Eglise des croisades, des cathédrales et du monachisme n’ait eu de cesse d’extirper une hérésie qui la niait et la menaçait, à long terme, dans son existence.

 

L’organisation sociale et politique du Languedoc, la vie exemplaire des parfaits, la carence du clergé, ne sont pas des explications suffisantes. Il faut lire les remarques de Zoé Oldenbourg dans le Bûcher de Montségur. Elles nous invitent d’abord à ne pas juger en théologien, ensuite à nous replacer dans l’esprit du temps.

 

« … Le dualisme des cathares, que leurs ennemis ont exagéré à plaisir, n’était que le développement naturel de la croyance au diable, dont l’importance était immense au Moyen Age. Un manichéisme latent a toujours existé dans l’enseignement de l’Eglise. Le diable est une réalité concrète, sa puissance est à tout moment attestée par les prédicateurs catholiques, qui ne manquent jamais de condamner comme œuvres du diable toutes les manifestations de l’esprit profane, parfois les pures, telles la musique ou la danse. L’Eglise (du moins dans ses représentants les plus autorisés) était allée si loin dans ce sens que l’on ne voit pas ce que les cathares pouvaient encore y ajouter. La civilisation du Moyen Age, civilisation de moines à son origine, n’avait que dégout et mépris pour la matière ; si elle ne la disait pas œuvre du diable, elle agissait exactement comme si elle la croyait telle. (…) La plupart des fêtes et des coutumes religieuses où l’amour de la vie terrestre semble tenir une grande place sont des survivances, soit du paganisme, soit de la tradition hébraïque ; l’apport purement chrétien à l’amour de la création est faible et purement théorique.

 

« Telle n’est sans doute pas l’attitude de l’Eglise tout entière, mais celle de ses membres les plus purs, les plus vénérés, tel saint Bernard qui s’insurge non seulement contre la frivolité de la vie laïque, mais aussi contre la trop riche ornementation des églises : la beauté qui séduit les yeux ne sert qu’à détourner l’esprit de la méditation (…) A cette époque même, tout catholique sincère estimait que le monde est irrémédiablement corrompu et qu’il n’y a d’autre voie de salut que le cloître. Entre un monde crée par le diable et seulement toléré par Dieu, et un monde crée par Dieu mais entièrement corrompu et dénaturé par le diable, la différence n’est pas grande, du moins dans la pratique. (…) L’Eglise catholique elle-même avait à l’égard du mariage une attitude à peu près semblable : le mariage est interdit au prêtre, comme il l’est aux ministres cathares ; il n’est toléré chez les fidèles que comme moyen de propagation de l’espèce et le remède contre la concupiscence. Bien  plus à l’égard de la femme, l’attitude de l’Eglise catholique est bien plus dure que celle des cathares (…) Comme le catharisme, le catholicisme était, de son propre aveu, une religion d’âmes uniquement occupée à sauver les âmes. Si l’Eglise avait aussi un corps, matériel et trop matériel parfois, c’était sous la pression des circonstances et en contradiction avec sa propre doctrine.

 

« Les dogmes cathares qui choquaient le plus les catholiques : ceux de la Trinité et de l’Incarnation, concernaient plutôt les théologiens et les philosophes que la masse des fidèles (…) Ce qui est certain, c’est que les cathares ont toujours manifesté une telle dévotion à la personne du Christ qu’aucun catholique ne pouvait aller plus loin ; on peut douter de tout, sauf de leur « christianisme » (…) Les catholiques eux-mêmes semblaient reconnaître implicitement que le corps de Jésus était, d’une façon ou d’une autre, différent des corps humains. »

 

En outre, l’Eglise, dans le Midi, enseignait fort peu la religion et, par conséquent, le peuple manquait de connaissances religieuses. Alors que les prédications des Bons Hommes, appuyées sur l’Evangile lu en langue vulgaire, étaient certainement accessibles à toutes les couches sociales.

 

Enfin, par bien des points, l’admission des néophytes dans l’Eglise cathare ressemblait fort à celle des catéchumènes dans l’Eglise primitive. Temps de probation, nécessité d’être adulte et en pleine possession de ses moyens, exigence de l’approbation de la communauté. Si l’on fait abstraction de l’absence de l’huile et de l’eau dans l’administration du consolamentum, équivalent cathare du baptême, on ne peut nier le parallélisme entre les rites d’initiation de l’Eglise hérétique et de l’Eglise des apôtres.

 

On comprend mieux désormais que la doctrine cathare n’ait pas particulièrement effarouché les catholiques méridionaux, que ceux-ci n’en aient pas saisi tout ce qui l’opposait catégoriquement au christianisme orthodoxe. Si les cathares s’étaient contentés d’exprimer leur vérité sans prétendre être les seuls vrais chrétiens, sans nier l’Eglise catholique, peut-être Rome n’eût-elle pas été – tout en la condamnant – jusqu’à lever une croisade armée.