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Les Chroniques de l’Histoire |
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L’Histoire pour Tous |
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La France avant la France
Ce n’est qu’avec la fondation de Marseille en 620 av. J.C. par les Grecs d’Asie Mineure (Phocéens) que notre Hexagone est entré dans l’histoire. Nous parlons à dessein d’ « Hexagone » pour fixer un cadre géographique que de nombreux peuples sont venus remplir avant qu’il ne finisse par coïncider avec notre pays, et pour éviter de projeter sur le passé une réalité politique ultérieure – la France – difficile à dater précisément.
Des Celtes aux Gaulois
Lors de la fondation de Marseille, se trouvaient déjà sur notre sol – nonobstant un fonds préhistorique comprenant les Ligures (au sud-est) et les Ibères (au sud-ouest), depuis le IXe ou le VIIIe siècle, des Celtes (proto-Celtes) identifiables par leur langue et non par leur race, puisqu’ils formaient plutôt un conglomérat de peuples centré autour du Rhin, de l’Allemagne méridionale et de la Suisse. Liés à une civilisation du fer, ils ne tardèrent pas à être hellénisés sous l’influence de Marseille, comme paraît le prouver le célèbre cratère de bronze de Vix (450 av. J.C.), si bien que notre pays entra le monde « civilisé » avant la conquête romaine. Il est cependant vrai que les Celtes (dont certains furent finalement nommés par les Romains, et non par eux-mêmes, Gaulois) demeurèrent à certains égards des barbares, coupeurs de têtes et amateurs de sacrifices humains, qui ravagèrent ., prélude à la conquête finale de la Gaule par son neveu César.
César et la paix romaine
On sait que c’est en réalité pour assouvir des ambitions politiques démesurées que, utilisant avec génie les problèmes tant internes qu’externes de la Gaule dont il imposa la notion (datant de la fin de la période pré-romaine), César en continua la conquête. Il saisit le prétexte d’un appel au secours des Eduens, menacés par le chef des Suèves Arioviste, au départ « ami du peuple romain », pour battre ce dernier, entreprenant, en huit campagnes annuelles, la conquête de la Gaule. Son moment fort fut – après un échec romain devant Gergovie, brillamment défendue en 52 av. J.C. par un jeune chef arverne, Vercingétorix, lequel, avec l’appui des druides, réussit à jouer le rôle de chef national – la prise d’Alésia où ce dernier s’était volontairement enfermé. Cependant, la victoire de César a eu, probablement, par ses conséquences pour Rome, plus d’importance pour l’histoire mondiale que pour celle de notre pays, qu’attendaient tant de vicissitudes. Il n’en demeure pas moins que, faisant suite à la romanisation déjà accomplie de la province romaine, elle marqua le début de celle, plus difficile, de la « Gaule chevelue ». Une grande étape de la romanisation s’accomplit sous Auguste qui, après avoir confié au Sénat la Gaule Cisalpine, qui prit le nom de Gaule narbonnaise, divisa la Gaule chevelue en trois Gaules, l’Aquitaine, la Belgique et la Lyonnaise, avec Lyon comme capitale commune. Sous l’empereur Claude la romanisation des Gaules s’accentua, puisqu’il obtient, en 48 apr. J.C., que les citoyens romains y résidant puissent entrer au Sénat romain. Et, en 90, l’empereur Domitien créera, pour parer aux difficultés militaires, les deux provinces de Germanie, la Germanie inférieure (capitale de Cologne) et la Germanie supérieure (capitale Mayence), auxquelles on doit ajouter quatre provinces alpestres. Toutefois, cette romanisation n’avait pas empêché des révoltes gauloises sous Tibère (Sacrovir et Florus) et surtout sous Néron (Vindex, Classicus), révoltes dont l’échec signifia l’intégration définitive des trois Gaules au monde romain, que la paix du IIe siècle ne put qu’accentuer, donnant son plein essor à la civilisation gallo-romaine. Quant à l’ouverture de cette civilisation au monde méditerranéen, elle eut comme principal résultat la pénétration en Gaule de cultes orientaux (Cybèle et Mithra) et, à leur suite, celle du christianisme avec, dès 177, ses premiers martyrs lyonnais (Pothin et Blandine) et aussi notre premier théologien (de langue grecque), saint Irénée.
L’empire romain face aux barbares
Malgré un début plutôt positif qui vit l’empereur Caracalla arrêter une première invasion des Alamans (Germains dont le nom signifie « ligue de tous les hommes ») et accorder pratiquement en 212 la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire, le IIIe siècle fut celui des invasions les plus dangereuses et les plus destructrices pour notre pays. Dès 253, les Francs (ce qui signifie en langue germanique ceux qui sont libres de la domination romaine) et les Alamans franchirent le Rhin et, en plusieurs vagues successives, ravagèrent la Gaule, atteignant même le Midi. Pour les repousser (et non pour s’opposer à Rome), le Gaulois Postumus se proclama même en 260 empereur des Gaules, mais ses successeurs échouèrent et l’ « Empire Gaulois » rentra en 274 dans le giron romain, laissant à l’empereur Probus la tâche de venir à bout des envahisseurs : l’Empire romain avait frôlé la catastrophe et la Gaule s’était fortement germanisée par suite de l’installation de prisonniers. D’autre part, des agriculteurs ruinés et des esclaves (les Bagaudes, préfigurant les futures « jacqueries ») s’étaient révoltés en 270, avant d’être écrasés en 285.
Il appartenait cependant à Dioclétien de consolider et de restructurer un empire devenu difficile à défendre, par le système de la tétrarchie (deux augustes, l’un à l’Est et l’autre à l’Ouest, et deux césars correspondants) instauré en 285, et finalement de partager, avant de quitter le pouvoir, les provinces gauloises en deux « diocèses » ayant comme capitales Trêves et Vienne.
Le IVe siècle fut surtout celui des mutations religieuses, avec a fin des persécutions et la reconnaissance par Constantin du christianisme comme « religion licite » par l’édit de Milan (313). Malgré l’hérésie arienne, condamnée au concile de Nicée (325), le christianisme se développa en Gaule, avec les grandes figures de saint Hilaire et saint Martin. Mais, après le transfert de la capitale de l’Empire à Constantinople (330), la lutte pour le pouvoir l’ébranla d’autant que l’empereur Constance II avait fait appel aux Barbares, avant que son neveu Julien ne les chasse et soit proclamé empereur à Lutèce en 360. Ce n’était pourtant qu’un répit, et le partage définitif de l’Empire d’Orient et Empire d’Occident à la mort de Théodose (395) ne pouvait qu’affaiblir la Gaule.
Elle fut à nouveau envahie fin 406 par les Vandales, les Suèves, les Alains puis par les Burgondes. Ces Barbares la pillèrent pendant trois ans avant de se fixer, pour les deux premiers, en Espagne, les autres revenants ou demeurant en Gaule. En 412,ce fut le tour des Wisigoths venus des côtes baltiques par les Balkans et l’Italie et qui finirent par s’installer comme fédérés près de Toulouse. Mais l’invasion la plus spectaculaire fut celle des Huns (commandés par Attila), des Turcot-Mongols venus de Hongrie, qui, après avoir atteint Paris (sans y pénétrer) et assiégé Orléans, furent vaincus en 451 aux champs Catalauniques (près de Troyes) par une coalition de Gallo-Romains et de fédérés commandée par le patrice Aetius (ancien otage d’Attila) et le Wisigoths Théodoric Ier. Après l’assassinat d’Aetius, la Gaule romaine ne put que se désagréger, et les Burgondes (tout d’abord fixés en Savoie) ainsi que les Wisigoths étendirent leur domination au détriment des Gallo-Romains. Après la chute, passée inaperçue, de l’Empire romain, quand Romulus Augustule fut déposé par Odoacre en 476, ne subsista qu’un petit Etat gallo-romain qu’après la défaite de Syagrius, vaincu par Clovis à Soissons en 486, les Francs annexèrent.
De Clovis à Charlemagne
Petit-fils du mythique Mérovée qui donna son nom à la dynastie mérovingienne et fils de Childéric, roi fédéré des Francs Saliens (qui s’étaient installés près de Tournai alors que les Francs Ripuaires étaient installés près de Cologne), Clovis réussit, après sa victoire sur Syagrius, à prendre le contrôle d’une grande partie de la Gaule. Marié par politique à Clotilde, une princesse chrétienne et burgonde, il remporta en 496 près de Tolbiac (lieu et date controversés), une première victoire sur les Alamans, suivie de son baptême (peut-être sincère, celui de ses hommes étant forcé) par saint Rémi à Reims, probablement à Noël 498. Après une nouvelle victoire sur les Alamans, il écrasa à Vouillé (près de Poitiers) les Wisigoths dont le « royaume de Toulouse » s’effondra et qui se réfugièrent en Espagne. Victoire des plus importantes, puisque Clovis, devenu chrétien, avait vaincu les hérétiques (Ariens) et, en héritier légitime de Rome, avait mis fin à un rêve antagoniste de symbiose romano-gothique qui, s’il s’était réalisé, aurait changé la face de l’Occident. Avant de mourir (511), Clovis Ier eut le temps d’être reconnu comme roi par les Francs rhénans, de fixer sa capitale à Paris et de convoquer à Orléans un synode des évêques de son royaume pour faire reconnaître ses mérites chrétiens.
Mais à sa mort, et selon la coutume franque, son royaume fut partagé entre ses quatre fils (royaume de Soissons, d’Orléans, de Paris, de Reims). Pourtant, il ne faut pas exagérer outre mesure les effets, certes néfastes, de cette patrimonialité du royaume, car, en dépit des discordes, subsista un sentiment très fort de l’unité du « royaume des Francs », chacun des fils demeurant Rex Francorum, et non roi de sa portion de territoire. Au demeurant, la politique franque de conquêtes se poursuivit même hors de Gaule, et le pays fut un moment réunifié sous le règne de Clotaire Ier (558-561). A sa mort cependant, le royaume fut de nouveau partagé entre ses quatre fils et, après la mort de Charibert, roi de Paris (567), sa part fut divisée entre les trois autres, et naquit alors une division du pays (qui devait persister plus d’un siècle) en trois royaumes tantôt unis, tantôt séparés : à l’Ouest, la Neustrie, située de la Somme à la Loire ; à l’Est, l’Austrasie, comprenant les pays rhénans, et au sud-est la Bourgogne, héritière de l’ancien royaume burgonde. A cette division, exacerbée par les rivalités entre reines (Frédégonde et Brunehaut) si bien racontées par Augustin Thierry, succédé, sous Clotaire II et surtout sous Dagobert (629-639), avec une nouvelle réunification, l’apogée de la période mérovingienne. Mais le nouveau partage du royaume entre les deux fils de ce dernier marqua le déclin de cette période, bien que l’image traditionnelle des « rois fainéants » (en réalité des enfants mineurs ou des dégénérés qui moururent jeunes) ne soit guère satisfaisante.
Le véritable problème était celui de l’inévitable prise de pouvoir par leurs maires du Palais, chargés au départ de mettre en valeur leurs domaines. Il suffit dès lors à l’un deux, Pépin II de Herstal, maire du palais d’Austrasie, de battre son rival de Neustrie à Tertry (687), pour que le pouvoir des Pippinides (futurs Carolingiens) se consolide, bien qu’ils aient tout d’abord laissé symboliquement la couronne aux derniers Mérovingiens. Et, après la victoire sur les Arabes de son fils (bâtard) Charles Martel à Poitiers (732) – victoire moins décisive qu’on l’a dit, puisqu’il fallut ensuite leur arracher la Provence -, il était inévitable que, par la médiation même de son pouvoir de fait, sa dynastie devienne royale.
C’est ce qui s’accomplit en 751, lorsque après avoir assuré la paix du royaume et relégué dans un monastère Childéric III, le dernier Mérovingien, Pépin III le Bref (fils de Charles Martel) se fit élire roi des Francs par une assemblée de grands et – pour la première fois dans notre pays – sacrer avec le saint chrême par saint Boniface. Sa légitimité paraissant mal assurée, son sacre fut même renouvelé (accompagné de celui de la reine et de ses deux fils Carloman et le futur Charlemagne) à Saint-Denis en 754 par le pape Etienne II, qui interdit même à une autre lignée de recevoir la couronne et reçut finalement en récompense en 756 un territoire conquis sur les Lombards, germe des futurs Etats pontificaux. Mais la mort de Pépin en 768 n’en conduisit pas moins à un nouveau partage du royaume entre ses fils, partage auquel la mort prématurée de Carloman (771) mit heureusement fin, Charlemagne s’étant emparé du royaume de son frère défunt.
Grandeur et décadence des Carolingiens
Régnant désormais sans partage, celui que l’histoire nommera Charlemagne ne put que continuer la politique à la fois de conquête et de défense de ses prédécesseurs. Dès 774, il conquit la Lombardie dont il se proclama roi, avant de faire sacrer par le pape ses fils Pépin et Louis. Et, en 778, l’année même du désastre de Roncevaux où Roland, comte de Bretagne, fut tué par des Basques, il conquit la Bavière. Il en fut de même pour la marche d’Espagne (la future Catalogne), pour la Bretagne et surtout la Saxe, où il n’hésita pas à faire massacrer par représailles quatre mille hommes libres.
Mais le grand moment de son règne fut son couronnement comme empereur à Rome par le pape Léon III qui avait demandé sa protection. Il n’est pas exclu que Charlemagne ait été surpris par cette cérémonie qui en faisait l’héritier de l’Empire romain qu’il rénovait ainsi, mais on doit remarquer que son conseiller Alcuin lui avait conseillé de prendre une couronne impériale dont le paradoxe est que, dans l’esprit même de l’empereur, elle contribua à servir peut-être plus les intérêts de l’Eglise que ceux d’un Empire politique qui demeura toujours fragile.
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