Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Le carbonarisme, franc-maçonnerie politique

 

Au commencement, les Charbonniers du Jura formaient un compagnonnage qui regroupait toutes les personnes travaillant dans les forêts, forestiers, charbonniers ou bûcherons…

 

Comme tous les compagnons ils procédaient à des initiations et à des tenues, le tout fortement basé sur un système d’entraide de bienfaisance et de bonne entente entre tous les travailleurs des bois.

 

Selon la légende, François 1er fut initié à leurs mystères alors qu’il passait incidemment en plein milieu d’une de leurs cérémonies sylvestres.

 

S’étant assis par mégarde sur un siège appartenant au chef de la confrérie, il s’entend dire Charbonnier est maître chez lui ce qui serait à l’origine de cet adage bien connu.

 

Sous le « parrainage » de Murat

 

On dit que Murat, roi de Naples, introduisit ce compagnonnage français en Italie, à la fin de son règne mouvementé, dans le but de conserver son fragile trône.

 

Son ministre de la police Maghellaen en fit une force politique. Plus tard le but de cette société secrète fut de donner son indépendance à une Italie morcelée, écrasée sous le joug autrichien.

 

Ils voulurent créer une monarchie constitutionnelle opposée à l’autocratie. Les Carbonari (nom italien des Charbonniers) formèrent très rapidement une opposition très puissante, dont le recrutement ne se faisait plus autant dans les forêts, mais dans toutes les classes de la société.

 

Ils formaient, plus qu’une force morale et intellectuelle, un véritable pouvoir militaire.

 

Bien que le ministre de l’intérieur du roi Ferdinand ait créé une contre-société (les Calderari, rapidement dissous), les Carbonari devenaient de plus en plus puissants.

 

Leur désir était de chasser les Autrichiens du nord de l’Italie. Ces derniers, loin de se laisser intimider, envoyèrent des troupes pour y rétablir (pour quelques années) un ordre vassal de Vienne (1831).

 

Des groupes révolutionnaires de libération

 

Les Carbonari essaimèrent alors toute l’Italie créant de nombreux groupes révolutionnaires parallèles, ceci durant le XIXe siècle.

 

Ce mouvement de libération, fort populaire dans certaines classes sociales des autres pays européens, provoqua l’engagement de nombre de volontaires étrangers venus combattre dans les rangs des libérateurs italiens.

 

En France, le plus célèbre d’entre eux fut le futur Napoléon III, qui, avec son frère, s’engagea dans une branche parallèle des Carbonari.

 

Il ne se couvrit pas de gloire, et fut rapidement interné, mais réalisa quelques années plus tard (non sans mal) ce qui avait été son rêve de jeune homme : la libération de l’Italie de l’occupation autrichienne, avec la complicité d’un Franc-Maçon, Cavour, ministre de Victor-Emmanuel, roi du Piémont.

 

La revanche des demi-soldes bonapartistes

 

Le mouvement carbonari arriva en France sous le règne de Louis XVIII. Deux Français initiés à Naples initièrent cinq compatriotes. Le chiffre symbolique de sept membres étant atteint, ils s’organisèrent en une Grande Loge qui fut reconnu par la Grande Loge de France de l’époque.

 

De nouveaux venus grossirent les rangs de cette société, recrutés avec le plus grand soin. On comptait dans les rangs des carbonari de nombreux militaires, anciens des campagnes de Napoléon 1er.

 

Ils s’appelaient les demi-soldes, car chassés de l’armée royale, ils n’avaient comme retraite que la moitié de leur salaire.

 

Plus encore que dans les autres sociétés secrètes la discrétion était de mise, les bonapartistes, notamment, faisant l’objet d’une forte surveillance policière.

 

Un Ordre rigoureux et secret

 

Les ordres par exemple se transmettaient de façon uniquement orale. Aucun carbonaro ne pouvait connaître ses supérieurs hiérarchiques, et ne fréquentait que quelques autres carbonari.

 

Ils se réunissaient par groupe appelé Vente.

 

Au but militaire, chaque membre de ce mouvement résolument antimonarchiste se devait de posséder un fusil et vingt cartouches.

 

En 1821, la France comptait 60 000 Carbonari dont le rêve était de renverser le pouvoir monarchique ; à leur tête se trouvaient La Fayette et quelques libéraux célèbres.

 

Le « Grand Soir » fut fixé le 29 décembre 1821. Ce qui devait être un coup d’état se solda en échec (en partie à cause de La Fayette).

 

Le mouvement fut démantelé par la police, mais subsista ici et là et connut un regain de vivacité avec la révolution de 1848, pour disparaître ensuite petit à petit. En Italie le carbonarisme perdura jusqu’à la libération et à l’unification du territoire. Garibaldi, Franc-maçon, fut aussi un carbonaro.

 

Les 4 sergents de la Rochelle

 

Les Carbonari au début de 1820, était une Société paramilitaire qui avait pour but de former de futurs combattants. Ils recrutèrent donc des officiers et des sous-officiers. Ces derniers, souvent anciens soldats de l’Empire, étaient déçus par la loi militaire de 1818, qui si elle leur permettait de revenir avec leurs grades dans l’armée pour encadrer les conscrits, leur donnait cependant des avantages de carrière moindres que ceux des officiers monarchistes.

 

C’est ainsi que furent recrutés quatre sergents de La Rochelle nommés Boris, Goubin, Pommier et Raoulx. Ils faisaient partie d’une vente militaire, et comme tous les carbonari, ne connaissaient que peu de leurs frères et aucun de leurs hauts dignitaires. Ces ventes, de 1820 à 1822, menèrent une politique d’attentats, dans l’Est (Belfort et Colmar) et dans l’Ouest. C’est le déplacement du 45e Régiment de ligne de Paris à La Rochelle qui permis au gouvernement de démasquer ces quatre sergents, meneurs d’une vente. Arrêtés, ils furent jugés à Paris et condamnés à mort, jugement d’autant plus sévère qu’ils n’avaient mené aucune action armée.

 

Leur condamnation en fit des héros populaires, surtout après une tentative d’évasion manquée. Le peuple fit de ces condamnés pour l’exemple des martyrs. Avant leur exécution, ils s’embrassèrent mutuellement et crièrent tour à tour Vive la Liberté. (Le père de l’un des sergents, Franc-maçon, demanda à Louis XVIII, autre Franc-maçon, la grâce de son fils. Le roi demanda à quelle heure devait avoir lieu l’exécution, et décréta qu’il accorderait la grâce… deux heures plus tard !) Cette exécution marqua la fin des tentatives de rébellion des Carbonari français. La dernière eut lieu en 1823 : il s’agissait de détourner un corps expéditionnaire et de le faire marcher sur Paris. Ce fut un échec total.