Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Le complot nazi contre Blomberg et Fritsch

 

Peu après la Seconde Guerre mondiale, l’ancien ministre auprès de la présidence du Reich, Otto Meissner, fut interrogé par les procureurs alliés dans le cadre de la préparation des procès de Nuremberg. Il dévoila comment les officiers supérieurs hostiles à la guerre ont été disqualifiés par les nazis. Selon Meissner, un véritable complot avait été ourdi par Himmler, le chef de la SS, pour discréditer les plus hauts responsables de l’armée : le ministre des Armées, le maréchal von Blomberg, et le chef d’état-major, le maréchal von Fritsch. Pour Himmler, de tels conservateurs entravaient la pénétration de l’idéologie nationale-socialiste dans l’armée. Il avait donc fabriqué un dossier sur chacun d’eux, et joué sur leurs faiblesses pour parvenir à ses fins.

 

Le chantage d’Himmler

 

Blomberg d’abord tomba dans le piège. Il entretenait une liaison avec une femme qu’il envisageait d’épouser. Himmler ne l’en découragea pas, tout en sachant que le passé de sa future épouse, tenancière d’un salon de massage frisant la prostitution, précipiterait sa chute si l’opinion était informée. Comble de sa fourberie, il laissa Hitler et Göring accepter d’être les témoins de cet hymen. Puis, il transmit le dossier au Führer et assista goguenard à la démission forcée de son adversaire. Quelques jours plus tard, un chantage similaire fut exercé sur le maréchal von Fritsch, accusé d’avoir entretenu des relations homosexuelles avec un petit délinquant.

Le 27 janvier et le 3 février 1938 sonnèrent le glas des carrières de Blomberg et de Fritsch : ils durent démissionner. Mais Otto Meissner ne poussa pas le raisonnement à son terme. Himmler avait-il agi pour son propre compte ? La disgrâce des responsables militaires profita en effet à d’autres personnalités. Elle combla les jeunes généraux ambitieux qui y virent une opportunité de carrière. Elle relança les désirs des SS de supplanter la Wehrmacht. Elle arrangea Göring, qui espérait y gagner de nouveaux galons et une sphère d’influence. Par-dessus tout, l’élimination de Blomberg et de Fritsch combla Hitler qui tenait sa vengeance, car c’est sans doute lui qui fut le véritable Deux ex machina de toute l’affaire.

Le 5 novembre 1937, en effet, il convie à la chancellerie les plus hautes autorités militaires. Outre Fritsch et Blomberg assistent à la réunion Konstantin von Neurath, le ministre des Affaires étrangères, l’amiral Erich Raeder, responsable de la Marine, et Hermann Göring, commandant suprême de l’aviation. Hitler leur expose ses vues stratégiques. Il veut aller rapidement à la guerre, fédérer les Allemands des minorités d’Europe et de l’Est, annexer leurs territoires, chasser les Tchèques et autres peuples slaves, pour créer un véritable empire continental. Il déclenchera alors la guerre contre les démocraties. Tout doit aller très vite. Il profite de l’occasion pour tancer le ministre des Armées et le chef d’état-major. Selon lui, la modernisation de la Wehrmacht est encore trop lente. Dans la salle, Blomberg, Fritsch et Neurath sont stupéfaits. Ils répondent avec véhémence que la guerre serait une catastrophe, le pays n’est pas prêt. Il faut attendre avant de déclencher ce plan.

 

Détruire les conservateurs

 

Quand il met fin à la réunion, Hitler est furieux. Il prend la mesure du désaccord avec qu’il nomme désormais les conservateurs. Il les accuse de pusillanimité. Il faut détruire ces faibles. Or, Blomberg, veuf depuis plusieurs années, souhaite se remarier avec Erna Grühn, une femme qui, comme il le dit lui-même, « a un certain passé ». Inquiet des réactions des officiers, le ministre demande conseil à Göring, qui l’encourage dans son projet. Consulté à son tour, Hitler accepte d’être le témoin lors de la cérémonie de mariage qui a lieu, en cercle restreint, le 12 janvier. Comme par enchantement, quelques jours plus tard, des rumeurs circulent dans Berlin : le mariage est une mésalliance. Une enquête est confiée à Himmler, en qualité de chef de la police de sûreté. Göring vient dire à Blomberg de démissionner pour éviter l’opprobre… Il déclare même que Blomberg l’a choisi comme témoin ainsi que Hitler pour masquer son choix scandaleux.

Avec von Fritsch, le travail es plus simple encore. L’accusation d’homosexualité suffit à le  suspendre de ses fonctions. Une commission présidée par Göring finit par reconnaître l’erreur, trois mois plus tard. Trop tard. Entre temps, de nouveaux hommes dévoués au régime sont en place : von Brauschitsch et surtout Keitel, bientôt nommé « le laquais », tant il obéit bien à Hitler.

Finalement, le scandale sexuel aura permis d’éliminer la dernière couche de responsables conservateurs frileux devant la poussée belliciste, évitant le coût d’une purge en profondeur. En frappant à la tête, tout le corps de défense entrait sous la botte hitlérienne. Le Führer pouvait déclencher sa guerre. Si Otto Meissner avait été moins complice du régime, voilà ce qu’il aurait dû dire aux procureurs américains qui préparaient l’accusation des dirigeants du IIIe Reich pour le procès de Nuremberg. En connaissance de cause, ils auraient eu un élément supplémentaire pour montrer que les nazis avaient bien comploté contre la paix, en usant de la vie privée comme d’une arme pour parvenir à leur fin : conquérir l’Europe.