Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Les Hospitaliers, médecins sans frontières

 

Implantés en Palestine, bien avant la première croisade, les Hospitaliers sont d’abord des médecins spécialement voués aux soins des pèlerins. Aux côtés des Templiers lors de la chute d’Acre, ils se replient sur Rhodes, puis sur Malte.

 

L’hospice de Saint-Jean-de-Jérusalem fondé pour héberger les pèlerins connut un accroissement considérable avec l’arrivée des croisés en 1099. Ses origines sont mal connues, mais l’on sait qu’une trentaine d’années plus tôt des marchands amalfitains avaient obtenu du calife d’Egypte, qui possédait la Palestine, une concession dans la partie chrétienne de Jérusalem où ils avaient fait construire une église, un monastère, une auberge et bientôt cet hospice. Celui-ci était dirigé par un certain Gérard originaire de Martigues. Là, les pèlerins et malades étaient assurés de trouver réconfort et soins. Jérusalem délivrée en 1099, certains chevaliers décidèrent d’y rester, de quitter les armes et de vouer leur vie au service des malades. Ils prirent naturellement le chemin de l’hôpital de Saint-Jean dont la renommée ne cessait de prendre de l’importance, notamment avec l’afflux des pèlerins. L’hôpital qui avait déjà été distingué par Godefroi de Bouillon, ne tarda pas à recevoir d’importantes donations du roi Beaudouin, des seigneurs et des fidèles d’Occident. La communauté de Gérard de Martigues, qui sera plus tard déclaré « bienheureux », devint en 1113, un ordre religieux.

 

Sous la protection du Saint-Siège

 

A cette date, le pape Pascal II lui adressa une bulle « élogieuse » approuvant les statuts de son institution et la plaçant directement sous la protection du Saint-Siège. Elle lui assurait le droit d’élire de manière indépendante et autonome ses successeurs sans l’intervention d’aucune autre autorité ecclésiastique ou laïque. Elle lui accordait également l’exemption du paiement de la dîme sur ces terres et le droit de la percevoir sur celle d’autrui, et lui garantissait la propriété de tous ses biens acquis ou reçus tant en Occident qu’en Terre sainte, pour le présent et l’avenir. Le pape, en outre, imposait à la congrégation le vœu d’hospitalité en plus des trois vœux monastiques traditionnels (pauvreté, obéissance, chasteté) lui conférant ainsi sa spécificité. La communauté des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem devint un ordre religieux exempt de l’Eglise. La reconnaissance de cet ordre suscita un regain de donations en sa faveur. L’ordre créa de nouveaux hospices dans toute la Terre sainte où il n’existait pas d’autres institutions sanitaires. Les pèlerins, les croisés et même les autochtones s’y pressaient, car le dévouement et les soins prodigués par les Hospitaliers faisaient déjà l’admiration de tous. En 1160, le pèlerin allemand Jean de Wärtzburg dénombrait près de deux mille malades, « tant hommes que femmes, chaque jour soignés et guéris à grands frais ». Vingt ans plus tard, un autre, du nom de Théocrite, s’extasiait sur les bâtiments de l’hôpital, les salles, les lits et « la richesse avec laquelle étaient soignés les pauvres malades… ». Soigner malades était une chose, les protéger contre les incursions des Sarrasins en était une autre. Les routes d’accès vers Jérusalem étaient peu sûres. Garantir la sécurité des pèlerins devint un impératif. Après la mort de Gérard, le premier maître de l’ordre élu, en 1120, Raymond du Puy, comprit, à l’instar des Templiers, la nécessité d’ajouter aux tâches hospitalières de ses membres, des fonctions militaires. A leur tour les Hospitaliers devinrent des « soldat du Christ ». Cet élargissement fonctionnel nécessita l’établissement d’une nouvelle règle.

 

Contraints de prendre les armes

 

La règle, élaborée par Raymond du Puy en 1135, s’inspirait de celle de saint Augustin, « règle normale à l’époque, pour les institutions pies, créées et opérant selon les types de chanoines réguliers qui avaient les caractéristiques hospitalières ». Bon nombre de frères, anciens chevaliers ayant déposé les armes pour le service des malades reprirent leur épée. Ce nouveau caractère militaire renforça encore l’autonomie de l’ordre comme il rehaussa son prestige dans un monde particulièrement hiérarchisé et entièrement soumis aux lois de l’Eglise. On vit désormais, partout sur le terrain, les Hospitaliers. On leur confia la défense de forteresses comme celles de Bath-Gibelin près d’Ascalon, ou du fameux Krak. Ils prirent part à toutes les batailles et tinrent un rôle fondamental le long des frontières. Les Hospitaliers (comme les Templiers et les Teutoniques), devenus militairement indispensables, ne tardèrent pas à constituer une menace politique pour les Etats latins qui ne poursuivaient pas toujours le même but. Véritables « partis », indépendants des pouvoirs religieux ou laïcs, ils ne constituaient pas seulement une « Eglise dans l’Eglise », mais aussi un « Etat dans l’Etat ». Sans compter les rivalités qui ne manquèrent pas de se dresser entre eux. Car chacun plaçait son ordre au-dessus de toute autre puissance et pratiquait une politique indépendante. Ce qui suscita de multiples incidents qui, sans grand éclat, ne favorisaient pas la concorde dans les Etats latins. Lors de la septième croisade (1248), Saint Louis parvint à rétablir la concorde entre les deux ordres (Hôpital et Temple). Cela ne dura qu’un temps. Mais dans l’adversité, ces deux confréries surent unir leur force. En 1291, à Saint-Jean d’Acre, dernier bastion de la chrétienté, le Grand Maître des Hospitaliers, Jean de Villers, et celui des Templiers, Guillaume de Beaujeu, organisèrent la défense conjointement et marchèrent ensemble à l’ennemi. Le premier fut grièvement blessé, le second tué. La perte de la Terre sainte fut ressentie par l’Occident chrétien comme une catastrophe dont on ne peut imaginer aujourd’hui le retentissement. Les Templiers en furent, sans doute, les premières victimes expiatoires. Les Hospitaliers se gardèrent bien d’intervenir au cours du procès, ils avaient d’autres préoccupations loi des querelles occidentales. D’abord repliés à Chypre où ils possédaient des commanderies, les Hospitaliers avaient pour premier objectif de continuer le combat contre les infidèles et reconquérir la Terre sainte.

 

Trouver un lieu d’accueil

 

La reconquête de la Terre sainte était désormais un objectif difficile à atteindre et leurs maigres effectifs ne pouvaient pas leur permettre de regagner Jérusalem par la terre. Les Hospitaliers développèrent leur puissance navale et cherchèrent un autre lieu que Chypre, où les rapports avec les Lusignan qui y régnaient étaient difficiles. Le Grand Maître Guillaume de Villaret jeta son dévolu sur Rhodes. Ils y débarquèrent le 11 avril 1307, entreprirent la conquête du château de Rhodes qui capitula le 15 août 1310. Plusieurs Templiers rejoignirent alors les rangs des Hospitaliers.

 

Que sont-ils devenus ?

 

Chassés de Rhodes le 1er janvier 1523 après l’assaut mené contre la cité de Soliman le Magnifique (assaut qui dura six mois), les Hospitaliers reçoivent Malte en toute souveraineté de l’empereur Charles Quint (1530). Leur participation à la bataille de Lépante en 1571 marque le sommet de leurs activités contre les Turcs. Malte devient ainsi un bastion imprenable aux mains des Hospitaliers mais aussi une grande escale de commerce méditerranéen jusqu’à la Révolution française. En 1798, Bonaparte, de retour d’Egypte s’empare de l’île. Deux ans plus tard, les Anglais la lui reprennent et l’ordre, toujours souverain, installe ses quartiers à Rome où il siège encore de nos jours. L’ordre de Malte est aujourd’hui voué, comme à sa naissance, à des missions caritatives (lutte contre la lèpre, aide aux handicapés, etc.).