Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Les Vaudois

 

En même temps que le catharisme, la secte évangélique des Vaudois rencontre une certaine audience dans le Languedoc. Bien qu’ils aient été plus proches que les cathares du christianisme orthodoxe, leur anticléricalisme leur valut d’être souvent confondus dans la même vindicte par la croisade et l’Inquisition.

 

« Si tu veux être parfait, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor aux cieux, puis viens, suis-moi ». Ce passage de l’Evangile de saint Matthieu, un riche marchand de Lyon a décidé, vers 1160, de l’appliquer à la lettre. Pierre Valdo, dont certains ont fait Pierre Valdès, Valdès ou Pierre de la Vallée, abandonne alors femme, enfants et biens, partage sa fortune en quatre parts : l’une pour sa femme, une pour ses filles, une pour ceux qu’il pense avoir lésés, une enfin pour les pauvres. Puis il prend son bâton de pèlerin et s’en va…

 

Peu instruit, il s’est fait traduire en langue d’Oc les évangiles, des extraits de la Bible, des morceaux choisis de saint Augustin et il communique la bonne parole à des auditoires où le petit peuple prédomine.

 

Vers 1170, Pierre Valdo a rassemblé autour de lui un certain nombre d’hommes et de femmes, tous laïcs, tous ayant fait vœu de pauvreté, qui prêchent sur les places publiques et jusque dans les églises. Partis de Lyon, ils vont se répandre en Lombardie et dans le Languedoc.

 

Ils commentent à leur guise les textes saints. Ce sont de purs chrétiens soucieux de faire retour à la tradition évangélique. Ils ont souvent avec les cathares des discussions contradictoires et passionnées.

 

L’archevêque de Lyon, Jean de Bellesmain, ayant interdit les prêches, Pierre Valdo s’en vient trouver le pape en plein concile de Latran. Séduit par la personnalité de cet homme, le pape autorise Pierre Valdo à prêcher, à condition qu’il en demande l’autorisation à son archevêque. « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes », aurait-il répondu, et les Vaudois continuent à prêcher « qu’il est mieux de suivre l’enseignement de ceux qui vivent comme les apôtres que de suivre de mauvais bergers ». L’allusion vise clairement les chefs de l’Eglise qu’ils estiment corrompus et qui font argent de la délivrance des sacrements.

 

A la différence des cathares, les Vaudois sont au départ des chrétiens tout à fait orthodoxes. Ils critiquent vivement l’Eglise dans son comportement, mais non dans son dogme. Cependant, cet anticléricalisme va les faire rejeter par l’Eglise. En effet, quand on se sépare de Rome, on est presque fatalement conduit à radicaliser ses positions,  à creuser les différences. De schismatique on devient hérétique.

 

Ainsi les Vaudois se mirent à refuser les sacrements catholiques, tels le baptême des enfants, la pénitence, l’Eucharistie (ils ne croient pas à la présence réelle). Comme les cathares, ils n’ont pas d’Eglise, Dieu n’étant pas davantage dans un lieu que dans un autre, ne croient pas à la communion des saints, ne connaissent qu’une prière (le pater), s’interdisent le serment, blâment le mensonge, stigmatisent le luxe ornemental romain. Toujours comme les cathares, ils se partagent en simples croyants et initiés, ou parfaits. On devient parfait par une imposition des mains ressemblant au consolamentum.

 

Cependant, ils se différencient fondamentalement des cathares pour l’essentiel. Ils respectent l’Ancien et le Nouveau Testament, ils ne professent pas de doctrine métaphysique particulière, ils n’ont pas de la création du monde une explication différente de celle des catholiques, ils ne sont pas dualistes et ils ne croient pas à la réincarnation. Il s’agit, en fin de compte, d’une secte évangélique et non d’une nouvelle religion.

 

Excommuniés, bannis de Lyon, Pierre Valdès et ses disciples sont jugés comme schismatiques et condamnés officiellement comme hérétiques en 1184. Pourtant le passionné Pierre des Vaux de Cernay reconnaît qu’ils « étaient mauvais, mais beaucoup moins mauvais que les autres » et que « sur beaucoup de points, ils croient comme vous ».

 

Leur piété et leur pauvreté (on les a surnommés les Pauvres de Lyon, Pauvres de Dieu ou Humiliés) a séduit beaucoup de catholiques sincères, heurtés par les abus de l’Eglise.

 

Pourchassés, persécutés et brûlés durant la croisade et l’Inquisition, ils ont fait montre du même courage que les cathares. Le mouvement parvint à survivre, ses adeptes se réfugiant dans les hautes vallées des Alpes. Lors de la Réforme, ils s’alignent sur les protestants.