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Les Chroniques de l’Histoire |
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L’Histoire pour Tous |
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Leur rite n’a rien d’obscène
La cérémonie de réception dans l’ordre sera au cœur des accusations lancées au procès des Templiers en 1307 : les postulants auraient renié le Christ, craché sur la Croix, adoré une idole, fait l’objet de baisers obscènes sur le nombril ou à l’anus. Or les archives ne révèlent rien de tel.
La mise à l’épreuve
Le chapitre 55 de la règle de Troyes mentionne la nécessité de s’assurer de la vocation de tout postulant, chevalier ou non. Une lecture de la règle sera donc tout d’abord donnée à tout postulant. Quand il l’aura mise en pratique, et sous réserve de l’accord du maître, le nouveau venu pourra déclarer son intention devant tous les frères. Il ne sera toutefois accepté qu’au terme d’une période probatoire. Le patriarche jacobite Michel le Syrien est plus précis : « Leurs usages et leur règle sont écrits. Et quiconque vient pour être frère parmi eux, est éprouvé pendant un an. On lui lit les règles par sept fois, et à chaque fois on lui dit : « Vois, peut-être as-tu du regret ? Peut-être ne pourras-tu pas supporter jusqu’au bout ces règles ? Loue Dieu, et retourne à ta maison ». A la fin de l’année, sur celui qui accepte et promet de porter le joug, ils récitent des prières et le revêtent de leur habit. Et après cela, celui qui manque à sa promesse meurt par le glaive, sans miséricorde ni pitié. »
L’admission
Le rituel de réception lui-même se trouve décrit de manière détaillée dans les Retraits (657-686), ces textes adjoints à la règle de Troyes. Devant l’assemblée réunie des frères, on s’assure d’abord qu’aucun n’est a priori opposé à l’acceptation du postulant. Le futur Templier est alors conduit dans une pièce jouxtant le chapitre. Là, il est interrogé par des anciens de l’ordre qui le mettent en garde contre les aspects les plus rudes de la vie de Templier. Ils sont également chargés de vérifier qu’il remplit toutes les conditions pour être admis : n’être ni marié ni fiancé, n’être débiteur de personne, n’appartenir à aucun ordre, être de condition libre et en bonne santé. Le postulant entre alors au chapitre et, suivant la cérémonie féodale, s’agenouille les mains jointes devant le maître en lui présentant sa requête. Le frère qui préside le chapitre évoque encore une fois les obligations de la vie du Templiers : « Cher frère, ce que vous demandez est une grande chose. De notre ordre, vous ne voyez que l’écorce qui est au dehors – des beaux chevaux, de beaux équipements, bien manger et bien boire, de beaux habits –, et ainsi vous pensez vivre aisément. Mais vous ne connaissez pas les forts commandements qui sont au-dedans. Vous, qui êtes maître de vous-même, devrez accepter de devenir un esclave. Quand vous voudrez demeurer en deçà des mers, on vous enverra au-delà. Quand vous voudrez être à Acre, on vous enverra à Tripoli ou Antioche, en Arménie ou en Pouilles, en Sicile ou en Lombardie, en France, en Bourgogne ou en Angleterre, où dans les autres nombreuses terres où nous avons maisons et possessions. Si vous voulez dormir, on vous fera veiller. Et si vous voulez veiller, on vous ordonnera d’aller vous reposer dans votre lit ».
L’intronisation
Si le postulant est un frère-sergent qui veut rester au couvent, on lui montre les services les plus ingrats qu’il devra prendre en charge : le four, le moulin, la cuisine, les chameaux, la porcherie. S’il persévère dans son désir, le maître lui rappelle alors qu’il ne doit pas appartenir au Temple pour la richesse de l’ordre, mais pour s’affranchir du péché, servir Notre Seigneur, être pauvre et faire pénitence dans ce monde pour le salut de son âme. Puis, avant de sortir du chapitre pour prier, le postulant doit répéter pour la quatrième fois qu’il accepte le principe de l’obéissance absolue. Le maître demande une seconde fois aux frères si l’un deux à connaissance de quelque chose qui pourrait empêcher le postulant d’entrer dans l’ordre. Le futur Templier s’agenouille alors pour réitérer une fois de plus sa demande. Les frères prient pour lui : le « Notre-Père » est récité, suivi d’une prière au Saint-Esprit dite par le frère chapelain. Commence enfin la véritable intronisation : à genoux, le récipiendaire prend les Evangiles entre ses mains et jure de toujours dire la vérité. Devant l’ensemble du chapitre, on lui demande s’il remplit toutes les conditions pour entrer dans l’ordre, s’il a payé quelqu’un pour être admis dans l’ordre, s’il est prêtre, diacre ou sous-diacre, s’il est excommunié. S’il s’agit d’un chevalier et d’une dame et si son père est à son tour né d’un chevalier et d’une dame. Si les anciens de l’ordre n’ont pas d’autres questions, le futur Templiers fait vœu de renoncer à sa volonté. Devant Dieu et la Vierge, il formule alors ses vœux : vœu d’obéissance totale au maître du Temple ou au comandeor, vœu de chasteté et de pauvreté. Il fait le serment d’aider à conquérir, « avec toute la force et le pouvoir que Dieu lui a donné », la Terre sainte de Jérusalem et d’aider à garder les territoires chrétiens, il promet de ne jamais quitter l’ordre sans le consentement du maître et du couvent. Enfin, qu’il ne se trouvera jamais de sa propre volonté dans un lieu où les chrétiens soient privés à tort de leurs biens. Le maître reçoit le nouveau frère, au nom de Dieu, de Notre Dame sainte Marie, de saint Pierre de Rome, du pape et de tous les frères du Temple ; le nouveau Templier héritera de tous les bienfaits de la maison pour lui, ses parents et sa famille.
Un baiser sur la bouche
Le maître ajoute : « Nous vous promettons de l’eau et du pain, le pauvre habit de la maison et beaucoup de peines et de tourments ! » Le maître lui passe le manteau au cou pendant que le chapelain récite le psaume Ecce quam bonum et l’oraison du Saint-Esprit. Les frères disent le « Notre-Père ». Le maître demande alors au nouveau Templier de se lever, lui donne un baiser sur la bouche – usage courant à l’époque – avant que frère chapelain ne l’embrasse à son tour. En 1307, paraît une sorte d’anti règle composée des articles d’accusation formulés par Philippe le Bel, articles qui seront repris par la commission pontificale. L’intronisation du Templier est devenue ceci : « Celui qui est reçu demande d’abord le pain et l’eau de l’ordre, puis le commandeur ou le maître qui le reçoit le conduit secrètement derrière l’autel ou à la sacristie ou ailleurs et lui montre la croix et la figure de Notre Seigneur Jésus-Christ et lui fait renier par trois fois le prophète […] et par trois fois cracher sur la Croix ; puis il le fait dépouiller de sa robe et celui qui le reçoit le baise à l’extrémité de l’échine, sous la ceinture, puis au nombril et sur la bouche et lui dit que si un frère veut coucher avec lui charnellement, qu’il lui faut l’endurer, parce qu’il le doit et qu’il est tenu de le souffrir, selon le statut de l’ordre »… |