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Les Chroniques de l’Histoire |
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L’Histoire pour Tous |
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Marc Bloch
Lire Marc Bloch revient à faire l’expérience d’une pensée singulière, constamment en alerte, s’aventurant dans des chemins de traverse. Sa première étude, parue il y cent ans, portait sur la libération des serfs au chapitre de Notre-Dame de Paris par la reine Blanche de Castille. Elle manifestait déjà son goût pour le tableau dans lequel l’historien croque quelques éclats de vie où se diffractent des problèmes généraux. Car de l’histoire de l’affranchissement il passait à celle de la dépendance, de l’analyse des mots à l’étude de la condition des hommes, et de quelques énigmes érudites à de vastes perspectives historiques. On comprend mieux, à lire ses analyses sur « le problème de l’or au Moyen Age », comment Bloch pouvait envisager l’histoire économique comme une vibrante science de l’homme. Derrière la technique il cherche le geste, derrière le geste l’imaginaire et derrière l’imaginaire les effets de domination. Rien ne le montre de manière plus éclatante que son histoire des moulins, incontestable progrès technique du Moyen Age mais qui fut aussi l’instrument de l’oppression seigneuriale, de « la guerre de l’eau et du vent contre la force des bras ». C’est sans doute lorsqu’il se hasarde sur les sentiers plus escarpés de ce qu’on n’appelait pas encore l’histoire des mentalités que Marc Bloch surprendra le plus le lecteur d’aujourd’hui. Car celui qu’on prend pour un historien systématique des structures sociales fut surtout l’observateur curieux de leurs bizarreries. Ainsi lit-on surtout aujourd’hui La Société féodale pour ses arrêts sur image où il campait quelques portraits sensibles – sur la faim qui tenaille les paysans ou la soif d’aventure des chevaliers. On retrouve dans les Mélanges historiques le charme de ces tableaux. Charme désuet, certes, car il faut sans doute rappeler que, « pour admirables qu’ils soient, le style et la pensée restent ceux d’un professeur de la troisième République ». C’est pourquoi l’édition critique de ses œuvres est plus que jamais indispensable. Sans doute comprendrait-on mieux alors l’unité profonde de sa démarche intellectuelle. En 1921, Marc Bloch publiait ses célèbres Réflexions d’un historien sur fausses nouvelles de la guerre. Or ce texte, où il déconstruit la pratique militaire de la désinformation, inaugurait ce qui serait à la fois son grand thème d’historien et son grand combat de citoyen : la critique de la crédulité politique. Telle est au fond la contemporanéité véritable de Marc Bloch, car s’y conjoignent deux passions jumelles : celle qui le pousse à la connaissance historique des sociétés révolues, et celle qui l’attire vers la compréhension lucide de son temps. |