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Les Chroniques de l’Histoire |
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Dans une mine de sel, les Nazis camouflent le plus fantastique musée du monde
Bien avant la guerre, Hitler avait décidé de faire de Linz, ville où il avait passé une partie de son enfance, la capitale artistique de la nouvelle Europe nationale-socialiste. Pour réaliser ce but, il pilla d’abord systématiquement les grandes collections des israélites amateurs d’art, dépouillés ainsi de leurs trésors, puis il enleva des pays conquis un nombre incalculable de chefs-d’œuvre. Pour leur éviter les destructions des bombardements, il les entassa dans des refuges peu accessibles. Mais la défaite arriva…
Au début de 1944, Hitler avait amassé une telle quantité d’œuvres d’art que les abris du Führerbau de Munich se trouvaient pleins et qu’il fallait diriger les nouvelles acquisitions sur d’autres dépôts. Les plus importants furent le château de Thürntal, près de Kremsmünster, le monastère de Hohenfurth, à la frontière tchécoslovaque, et le château de Neuschwanstein près de Fussen.
Au Führerbau, les tableaux restaient dans des caisses, entassés sur des bâtis en bois, et, dès l’été de 1941, il devint évident qu’il fallait trouver d’autres locaux. Le château de Thürntal fut choisi le premier et, pendant plus de deux ans, reçut un flot ininterrompu de trésors artistiques venant de Munich.
Furent ainsi envoyés par des camions, sous escorte militaire, 1 732 tableaux, plus des tapisseries et autres objets d’art. Le château fut rempli à son tour. Jusque-là, le monastère de Hohenfurth avait servi à loger les statues de pierre et les ouvrages de ferronnerie, mais, le 6 mars 1944, l’architecte nazi Reger, qui dirigeait le bureau central du Führerbau, se vit contraint d’y envoyer 42 tableaux.
Le château de Neuschwanstein constitua l’entrepôt principal de l’Einsatzstab Rosenberg. Toutes les pièces, sauf les appartements d’apparat, de cet extraordinaire édifice gothique, construit pour le roi fou Louis II de Bavière, s’emplirent de trésors d’art de tout genre, stockés sur des échafaudages en bois. Deux grands coffres contenaient les fabuleuses orfèvreries des Rothschild et le château abritait aussi plus de mille pièces d’argenterie de la collection David-Weill. Parmi les milliers de tableaux, le plus remarquable était sans doute Les Trois Grâces de Rubens, pris à Maurice de Rothschild.
En avril 1941, trente camions pleins y arrivèrent et vingt-trois en octobre suivant : ce furent les deux plus grands envois. En 1944, les états tenus au château annonçaient l’énorme total de 21 903 collections privées, presque toutes juives. La plus grande partie en fut photographiée ; il y eut plus de 8 000 clichés, presque tous montrés à Hitler.
La dissolution de l’Einsatzstab, sur l’ordre de Bormann tarit le flux et Neuschwanstein demeura comme une caverne d’Aladin dont le contenu devait être distribué après la guerre entre les dirigeants nazis, Hitler conservant le premier choix.
Au printemps de 1944, les bombardements aériens devinrent continus, la R.A.F. opérant pendant la nuit et les forteresses volantes américaines durant la journée, Hitler comprit vite que ses dépôts n’étaient plus à l’abri de leurs atteintes et ordonna d’enfouir les trésors dans des mines profondes, situées dans des régions sans intérêt militaire.
Les trésors sont enfouis
L’évacuation ne se limita pas aux seules œuvres d’art. Cent tonnes d’or, constituant les réserves bancaires, plus un certain nombre de trésors nationaux, ayant appartenu à l’empereur Frédéric, furent transportés dans la mine de sel de Merkers, à 150 kms à l’ouest de Weimar et enfouis à 700 ms sous terre. Ce fut le premier dépôt important découvert par les armées alliées quand elles envahirent l’Allemagne, et le fait survint tout à fait par hasard.
Deux policiers militaires américains en patrouille trouvèrent deux Allemandes qui cherchaient une sage-femme. Ils les aidèrent avec courtoisie et, pour témoigner leur reconnaissance, elles déclarèrent que, croyaient-elles, « quelque chose » était caché dans la mine de Merkers. Un groupe y descendit et découvrit l’or ; ce fut le premier indice que Hitler et les autres dirigeants nazis avaient pu utiliser les mines de sel, cachettes idéales à cause de leur humidité permanente, pour dissimuler les produits de leurs pillages en Europe. A Munich, Hans Reger avait reçu l’ordre de faire transporter l’énorme collection de Linz dans la mine de sel d’Alt Aussee, choisie par Hitler comme ultime refuge pour elle. Entre Munich et Alt Aussee, l’itinéraire suit des routes de montagne, difficiles et tortueuses. Reger conscient de la très lourde responsabilité que lui imposait la sauvegarde de l’héritage artistique occidental, tint à accompagner personnellement chaque convoi pour s’assurer qu’il arrivait à bon port. Ce dut être un véritable cauchemar pour lui. Aucun accident ne se produisit, mais quel soupir de soulagement il dut pousser après chaque arrivée ! Sans doute comprit-il aussi que ces mesures de panique ne faisaient que reculer l’inévitable. De mai à octobre 1944, Reger fit partir du Führerbau 1 788 œuvres d’art, dont 1 687 tableaux. L’année 1945 vit approcher rapidement la défaite. A l’Est, les armées allemandes reculaient devant les Russes. A l’Ouest, l’offensive des Ardennes n’avait procuré qu’un répit fugitif. En janvier, Hitler, dont la folie ne cessait de croître, désira faire l’inventaire de toutes les œuvres d’art en sa possession. Le 26, il fit donner, par Bormann, des instructions à Himmler : « Par ordre du Führer, toutes les œuvres d’art, particulièrement les peintures, les objets représentant un intérêt artistique et les armes d’importance historique, confisquées dans la Grande Allemagne et dans les pays occupés seront signalées aux conseillers en ces domaines qui, en considérant les cas individuels, enverront un rapport par mon intermédiaire pour que le Führer puisse décider de l’usage à faire de ces articles. » « Toutes les unités de SS devront respecter strictement cette règle. » Ainsi donc, au moment où son rêve de dominer l’Europe s’écroulait, Hitler voulait choisir les grandes œuvres qui entreraient dans les musées de Linz, désormais irréalisables, pour glorifier sa mémoire qui sombrait dans la défaite, geste comparable à celui de Néron jouant de la lyre pendant l’incendie de Rome !
Un déménagement sauveur !
Reger devait donc dresser un inventaire détaillé de toutes les œuvres d’art demeurées dans les caves du Führerbau, après en avoir envoyé pendant des mois à Alt Aussee. Il commença cette énorme tâche le 1er février, alors que d’autres peintures et sculptures continuaient à arriver pour Linz. Pour pouvoir la mener à bien, il décida de renoncer à tout nouvel envoi. D’ailleurs, il savait que le chaos régnait à Alt Aussee, le Dr Reimer, son adjoint, n’ayant pas été capable de se tenir à jour avec tout ce qui lui parvenait. Le célèbre esprit d’organisation des Allemands les abandonnait à l’heure de la défaite. Le sort de Munich se trouva scellé au début d’avril, les Américains ne rencontrant plus qu’une résistance sporadique en Allemagne du Sud. Le 13, par un acte désespéré, Reger fit encore partir 137 tableaux pour Alt Aussee ; ce devait être le seul envoi de 1945. Cette fois, accablé de besogne, il ne les accompagna pas. Tous les articles de la collection de Linz ne furent pas logés à Alt Aussee, quoique ce fût de loin, le dépôt final le plus important. L’espace étant devenu rare, même à Alt Aussee, seuls les articles les plus précieux furent stockés dans la mine, les autres allant au château de Thürntal, au monastère de Hohenfurth, au château de Weesenstein. L’ordre d’enfouir les trésors artistiques ne se limita pas aux seuls articles de Linz. Les musées allemands le reçurent également. A la mine de sel de Heilbronn furent ainsi logés : 830 tableaux, 147 sculptures, 295 antiquités, 4 610 caisses de livres, provenant des musées de Karlsruhe, Mannheim et Stuttgart qui avaient tous fortement souffert des bombardements. Dans les mines de Kochendorf trouvèrent place 534 tableaux, 52 sculptures, 1 092 antiquités, 3 600 caisses de livres, venus des musées de Stuttgart, Cologne et Heidelberg. Dans celle de Laufen, près de Bad Ischl, les autorités viennoises logèrent les trésors de la ville impériale : de nombreuses tapisseries et 1 408 tableaux, comprenant des œuvres de Rembrandt, le Titien, Brueghel et Dürer. Les bombardements détruisirent malheureusement beaucoup de chefs-d’œuvre. Sans l’utilisation des mines de sel, le total des pertes eût été considérablement plus élevé. Si Hitler avait été aussi indifférent au sort des œuvres d’art qu’à celui du peuple allemand, l’histoire eût été bien différente, mais il s’accrocha à ses rêves de Linz, jusqu’à la dernière extrémité et se préoccupa de leur sécurité. Des problèmes difficiles et délicats se posèrent aux chefs militaires alliés quand leurs armées avancèrent vers Berlin. Ils venaient en libérateurs de l’Europe, mais devaient s’assurer la bonne volonté et la collaboration des pays occupés pour la dure période qui suivrait la fin des hostilités. Après les humiliations subies sous la botte allemande, ceux-ci avaient besoin de se réaffirmer et leur orgueil national était à vif. Le vol brutal de leurs trésors artistiques par les nazis faisait particulièrement saigner cet orgueil. Le général Eisenhower et ses subordonnés comprenaient bien la nécessité de les leur restituer au plus vite, sans marquer la moindre hésitation. Mais où se trouvaient les grandes œuvres d’art ? Des rumeurs couraient, on ne savait rien de précis. Le problème était de les découvrir avec toute la rapidité humainement possible.
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